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Cannabis et médicaments : Un cocktail à risque

L’essor de la consommation de cannabis soulève des préoccupations croissantes concernant ses interactions avec les médicaments sur ordonnance. Cette augmentation de l’utilisation du cannabis aux États-Unis et dans d’autres régions du monde s’accompagne de préoccupations quant à la manière dont les composants du cannabis, le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD), peuvent influencer l’efficacité et la sécurité des médicaments prescrits. Cet article examine de près ces interactions, en mettant en lumière les risques potentiels et les groupes de patients vulnérables.

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Interactions du cannabis avec les médicaments sur ordonnance

Un problème croissant 

La consommation de cannabis a connu une augmentation significative aux États-Unis, avec près d’un adulte sur cinq déclarant avoir consommé du cannabis au moins une fois en 2019, selon les données du CDC. De plus, en juin 2023, 23 États, 2 territoires et le District de Columbia avaient légalisé son utilisation récréative. Cette tendance à la hausse de la consommation de cannabis a éveillé des inquiétudes quant aux interactions potentielles entre les composants du cannabis, en particulier le THC et le CBD, et les médicaments sur ordonnance.

Le rôle des enzymes cytochrome P450 et de la glycoprotéine P 

Les médicaments qui sont des substrats du cytochrome P450 (CYP), de la glycoprotéine P (P-gp) et d’autres transporteurs de médicaments sont susceptibles d’interagir avec le cannabis. Des études in vitro ont démontré que le THC et le CBD inhibent de manière compétitive plusieurs de ces enzymes responsables du métabolisme de nombreux médicaments sur ordonnance.

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Patients à risque

Les receveurs de greffes d’organes solides 

Une population de patients particulièrement à risque est celle des receveurs de greffes d’organes solides. Des rapports indiquent que le CBD interagit avec des médicaments immunosuppresseurs essentiels, qui sont nécessaires à vie pour ces patients. Plus précisément, le CBD a été associé à des altérations du métabolisme des inhibiteurs de la calcineurine et des inhibiteurs de mTOR, tels que la cyclosporine, le tacrolimus, le sirolimus et l’évérolimus. Cette interaction peut entraîner une augmentation des taux sériques sanguins de ces médicaments, avec le potentiel d’induire des effets indésirables toxiques.

Un exemple concret est celui d’un participant de 32 ans à un essai clinique sur le CBD pour l’épilepsie réfractaire, qui recevait également du tacrolimus. Les concentrations de tacrolimus chez ce patient ont été multipliées par trois lorsqu’il consommait entre 2 000 et 2 900 mg/jour de CBD. La gestion des taux sériques minimum de tacrolimus peut s’avérer complexe chez les patients qui consomment simultanément du cannabis, en raison du manque de réglementation des produits disponibles.

Le rôle des voies d’administration 

Les voies d’administration du cannabis jouent un rôle crucial dans le risque d’interaction avec les médicaments sur ordonnance. L’inhalation (fumer) présente le risque le plus élevé d’effets indésirables associés à l’interaction entre le cannabis et les médicaments. Après inhalation, le THC et le CBD sont rapidement absorbés, entraînant une concentration maximale moyenne normalisée par dose de plus de 3 à 35 fois par rapport à la consommation orale.

Les formulations orales présentent un risque modéré d’interaction avec les médicaments, tandis que l’application topique est associée au risque le plus faible. Les formulations topiques incluent la crème, le gel, l’huile et les timbres transdermiques.

La nécessité de l’information et de la réglementation

Il est impératif que les patients et les professionnels de la santé soient conscients de ces interactions potentielles entre le cannabis et les médicaments sur ordonnance. Les médecins doivent prendre en compte la consommation de cannabis lorsqu’ils prescrivent des médicaments et discuter ouvertement de cette question avec leurs patients.

De plus, il est nécessaire de mettre en place une réglementation plus stricte pour les produits à base de cannabis, en particulier pour garantir la précision des informations sur les étiquettes et la qualité des produits. Les réglementations pourraient également établir des lignes directrices pour l’administration de médicaments chez les patients consommant du cannabis, afin de minimiser les risques potentiels.

La montée de la consommation de cannabis aux États-Unis et dans d’autres parties du monde nécessite une attention accrue aux interactions entre le cannabis et les médicaments sur ordonnance. Les professionnels de la santé, les chercheurs et les autorités réglementaires doivent travailler de concert pour mieux comprendre ces interactions et minimiser les risques potentiels pour la santé des patients. 

La sensibilisation et l’éducation sont essentielles pour garantir que les patients et les médecins prennent des décisions éclairées en matière de traitement médicamenteux en tenant compte de la consommation de cannabis. En fin de compte, la sécurité et l’efficacité des médicaments sur ordonnance doivent rester la priorité absolue pour garantir des soins de santé de haute qualité.

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