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CBD Portugal, un secteur en proie à des incertitudes ?

Le secteur du CBD peine à connaître un essor au Portugal. Une situation incompréhensible dans un pays ayant dépénalisé le cannabis, dès 2001. En effet, le secteur est sujet à des flous juridiques et des imbroglios administratifs. Par ailleurs, la légalisation du cannabis médical CBD semble mettre les cultivateurs de chanvre dans l’embarras. L’Inframed et la DGAV ne se bousculent pas pour mettre fin à leur incertitude.

Les produits CBD tout à fait légaux

différent produits au cbd

Au Portugal, les produits CBD jouissent d’un statut légal. Seule condition : leur teneur en THC ne doit pas excéder 0,2 %. Les boutiques CBD fleurissent d’ailleurs à travers les plus grandes villes portugaises. Il est aussi possible d’acheter des produits CBD auprès d’une pharmacie, moyennant une ordonnance. A l’heure actuelle, le Sativex est le seul médicament à base de CBD disponible dans le pays. Une situation qui tend à évoluer, au vu de l’essor de l’industrie du CBD partout dans le monde.

Les grandes lignes du cannabis médical

En juin 2018, le Portugal a emboîté le pas à d’autres membres de l’UE, comme l’Allemagne et l’Italie, mais aussi à la Grande-Bretagne, en matière de cannabis médical CBD. Le Parlement portugais a effectivement voté un projet de loi légalisant ce type de produit. Il suffit de demander un permis d’exploitation, en indiquant son numéro de parcelle et un calendrier d’ensemencement et de récolte.

Cette loi autorise notamment les médecins à prescrire du CBD pour des patients, avec lesquels les traitements classiques conventionnels ne donnent rien. Parmi eux, on note ceux souffrant de symptômes relatifs aux douleurs chroniques, aux troubles de stress post-traumatiques, mais aussi les patients sujets à la sclérose en plaques et des désagréments liés à la chimiothérapie.

Par ailleurs, l’ensemble des médicaments CBD devront être avalisé par l’Infarmed. Cet organisme est effectivement chargé de les réglementer, de les contrôler et de les évaluer. Il est rattaché directement au ministère de la Santé portugais.

De même, la loi de 2018 exhorte le gouvernement portugais à contribuer au développement des recherches scientifiques sur le cannabis et ses potentielles vertus thérapeutiques. Néanmoins, elle exclut d’emblée la culture personnelle de cannabis CBD, même à des fins médicales. Cette exclusion fait référence à une loi votée en 2001, portant sur la décriminalisation de l’usage et la commercialisation du cannabis (et d’autres produits stupéfiants).

La plus grande usine de cannabis CBD du Vieux-Continent

Le Portugal abrite la plus grande usine de cannabis thérapeutique CBD d’Europe. Il s’agit aussi de la première ferme du genre dans le pays. On la doit à Tilray, groupe canadien précurseur du secteur. L’usine se trouve aux abords de la ville de Cantanniede, à 60 minutes en voiture de Porto, en plein cœur d’un parc de biotechnologie. Elle a été inaugurée en avril 2019 et compte actuellement quelque 200 employés.

Une installation moderne et avant-gardiste

S’étalant sur 2,4 ha, le site de production de cannabis CBD de Tilray est une référence mondiale. Il est effectivement équipé de sites de culture en intérieur, en extérieur et en serre. On y trouve aussi des laboratoires de recherche, des sites de traitement, ou encore des sites de conditionnement. A noter que la salle destinée à l’étape finale de production est interdit d’accès. Le personnel autorisé à entrer doit d’ailleurs enfiler une combinaison de protection, pour préserver les plantes d’éventuelles maladies.

En hiver, le site est optimisé de dispositif destiné à garantir la luminosité requise à la culture de cannabis CBD. Au bout de trois semaines, les plantes présentent déjà leurs fleurs. Le site compte jusqu’à 4 récoltes par an. Enfin, le processus de production jusqu’à l’emballage peut être bouclé en 5 mois.

A titre informatif, la ferme de Cantanniede exploite quelque 43 variétés de cannabis. Son objectif premier est d’approvisionner le marché européen et français. Au terme de sa première saison, le groupe Tilray a dégagé un bénéfice d’environ 20 millions d’euros.

Des cannabis CBD clonés

L’usine de cannabis CBD de Tilray mise sur le clonage à partir de plantes mères, dans le but d’en préserver le patrimoine génétique. Dans un second temps, les plants seront transférés dans une pépinière. Par la suite, les cultivateurs sélectionnent les meilleures plantes en vue de l’extraction du CBD. En outre, cette usine peut aussi mélanger deux espèces différents, en vue de produits correspondant au mieux aux exigences en matière de cannabis thérapeutique. Les patients ayant fait l’objet de chimiothérapie sont les premiers à en profiter. En effet, ils profitent de l’effet antiémétique et de l’effet anti-vomitif du CBD. La molécule stimule aussi leur appétit. D’ailleurs, les produits et médicaments CBD sont conditionnés pour une prise orale (gouttes), ou en inhalation (vapeurs émanant de fleurs séchées).

Portugal, terre de cannabis

Tilray n’a pas choisi le Portugal par hasard, pour implanter son usine de cannabis médical CBD. Brendan Kennedy, son directeur général affirme effectivement avoir parcouru l’Europe de 2015 à 2017, pour trouver l’endroit idéal. Il a finalement jeté son dévolu sur le Portugal, lequel jouit jusqu’à 12 heures d’ensoleillement quotidien en été. Un avantage qui contribue à la compétitivité de Tilray, selon Monsieur Kennedy :

« Certains de nos concurrents sont situés au Danemark et dans le nord de l’Allemagne, où il n’y a pas beaucoup de soleil – nous pensons donc que nous pouvons produire un produit plus écologique ici ».

Les producteurs de chanvre, grands oubliés de la loi sur le cannabis médical

producteur de cbd

La loi de 2018 autorisant le cannabis médical CBD ne fait pas que des heureux au Portugal. En effet, les producteurs de chanvre s’en trouvent lésés. La mise en place d’une filière complète sur son territoire semble les botter en touche. Ils sont en proie à un véritable imbroglio administratif, depuis janvier 2019. La loi adopté stipule par exemple un permis d’exploitation spécifique (culture, extraction, commercialisation, logistique…) pour le chanvre industriel. De son côté, l’Infarmed tarde à publier ses nouvelles conditions. Il y a aussi la DGAV (Direction générale de l’alimentation et des affaires vétérinaires) qui rechigne à statuer sur la question du chanvre.

Résultat : les chanvriers portugais ne pouvaient pas ensemencer leurs terres en 2019. La coopérative Lusicanna (groupement de cultivateurs et d’exploitants) déplore quelque 250 kg de graines de chanvre CBD inexploitables.

En conclusion, l’avenir du CBD au Portugal est encore flou. Malgré l’adoption d’une loi autorisant le cannabis médical, certaines entités comme l’Inframed et la DGAV ne sont pas promptes à en prendre acte. Quoi qu’il en soit, il y a lieu de garder espoir, puisque le Portugal est un des premiers pays à dépénaliser le cannabis (consommation, détention pour usage personnel), dès 2001. Une loi qui a permis de mieux gérer le flux de drogues en provenance du Maroc et d’Amérique du Sud. De plus, il est certain que le Portugal veuille bien avoir sa part du gâteau dans le marché très juteux du cannabis thérapeutique. Prohibition Partners prête à ce dernier un poids de 123 milliards d’euros, dans la seule UE, à l’horizon 2028.

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