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  CBGA et crise d’épilepsie

Les antiépileptiques usuels traitent uniquement 30 à 40 % des crises d’épilepsie, contre 86 % pour le cannabis. Ce serait grâce à son composant CBGA si cette plante montre autant d’efficacité, selon une étude menée à l’Université de Sydney. La statistique donne déjà espoir aux patients de tout âge, bien qu’il reste encore du chemin à faire pour inscrire le CBGA dans le cadre conventionnel.

Le CBGA : un neuroprotecteur-clé contre l’épilepsie

La plupart des crises d’épilepsie résultent d’une lésion cérébrale ou d’un déséquilibre du système nerveux central. La molécule CBGA intervient dans l’atténuation des convulsions grâce à son rôle dans la neurogénèse et l’équilibre du système endocannabinoïde. 

Le CBGA est le cannabinoïde-mère à l’origine du CBD

Le CBGA ou acide cannabigérolique est la forme acide du CBG ou cannabigerol. C’est une substance mineure dont la concentration ne dépasse pas 1% dans le cannabis. Malgré sa minorité toutefois, il s’agit du précurseur du CBD et d’une centaine d’autres cannabinoïdes contenus dans la plante. Ainsi, tous les cannabinoïdes sont d’abord des CBGA avant de se transformer en CBG, THC, CBD, CBC, CBN, THCV, etc. 

Les chercheurs israéliens Gaoni et Mechoulem ont découvert le CBGAen 1964, en même temps que le THC et le CBD. Mais c’est uniquement sur ce dernier que les études se sont centrées. Des chercheurs japonais se sont toutefois intéressés au CBGA et en 1990. Ils ont révélé le rôle précurseur du CBGA dans la biosynthèse. La prohibition du cannabis a malheureusement freiné les études. Il faut attendre jusqu’en 2021 pour que des chercheurs australiens le confirment à nouveau. 

Le CBGA régénère les cellules nerveuses

Lorsque le CBGA s’introduit dans notre organisme, il interagit et booste le système endocannabinoïde humain. Pour rappel, tous les vertébrés produisent leurs propres cannabinoïdes qui se répandent dans tout l’organisme, et plus particulièrement dans le système nerveux central. Ils y occupent plusieurs fonctions, dont la protection contre la dégénérescence et le dysfonctionnement des cellules nerveuses.  

Il arrive que, pour une raison ou une autre, le système endocannabinoïde subit un déséquilibre. Ce problème serait à l’origine des maladies neurodégénératives, du développement des lésions cérébrales ou de dysfonctionnement comme l’épilepsie.

En interagissant avec le système endocannabinoïde central, le CBGA soigne non seulement l’épilepsie mais aussi les maladies neurodégénératives comme le cancer du cerveau, le dysfonctionnement du motoneurone, les maladies d’Alzheimer et de Parkinson.  

Le CBGA : un puissant anti-convulsif pour traiter l’épilepsie

Le CBGA est le plus puissant anti-convulsif de tous les phytocannabinoïdes acides, selon des expérimentations récentes réalisées sur des souris. Ces dernières souffrent du syndrôme de Dravet, une forme d’épilepsie sévère quasi impossible à contrôler. Les chercheurs ont provoqué leurs crises par hyperthermie et électrochocs, afin de tester l’efficacité respective de 3 acides cannabinoïdes: le CBGA, le CBDVA (acide cannabidivarinique) et le CBGVA (acide cannabigerovarinique). 

En conclusion, il se trouve que les souris traitées avec du CBGA réagissent beaucoup mieux au traitement. Et pour cause, cet acide interagit avec les récepteurs sensoriels du système nerveux central, dont les récepteurs vanilloïdes TRPV1 en particulier. Ceux-ci provoquent l’hyperexcitabilité neuronale quand ils sont suractivés sous l’effet de l’hyperthermie ou ou autre agent déclencheur. Le cerveau subit alors une sorte de décharge électrique qui se traduit immédiatement par des convulsions musculaires. Grâce au CBGA, les crises deviennent moins fréquentes et peuvent même disparaître. 

L’inefficacité des antiépileptiques conventionnelles

Depuis 1910, les médicaments utilisés dans le traitement de l’épilepsie n’atténuent que 40% des crises, tout au plus. Certains actifs comme le progabide (désormais retiré du marché) produisent même des problèmes hépatiques sévères chez le patient, tandis que les antiépileptiques à base de valproate de sodium comme le dépakine aggravent les troubles du système nerveux. La neurochirurgie figure aussi parmi les solutions proposées, mais elle est à la fois très risquée et coûteuse. 

La callosotomie : un « ça passe ou ça casse » irréversible

Comme les médicaments jusqu’ici utilisés pour contrôler l’épilepsie ne sont qu’à moitié efficaces, certains patients désespérés subissent même une callosotomie en dernier recours. Il s’agit d’une opération neurochirurgicale très risquée qui consiste à séparer les deux hémisphères du cerveau. Le but est d’empêcher la propagation de la lésion cérébrale d’un hémisphère à un autre en sectionnant la voie interhémisphérique, que l’on appelle aussi le corps calleux.

Bien que la callosotomie promette aléatoirement la disparition des convulsions, elle confronte surtout le patient à un autre handicap mental encore plus invalidant. En effet, l’absence de communication entre les deux hémisphères du cerveau peut entraîner, entre autres :

  • de fréquentes pertes de conscience 
  • une amnésie partielle ou totale 
  • un problème d’élocution, 
  • une perte de la motricité, 
  • la réapparition de convulsions intraitables
  • etc.

L’Epidiolex à base de CBD : moins efficace que le cannabis 

Il est scientifiquement prouvé que l’huile de cannabis en entier montre de meilleurs résultats dans le traitement de l’épilepsie par rapport aux médicaments conventionnels. L’industrie pharmaceutique reste toutefois récalcitrante à l’officialiser comme médicament à cause du THC, la substance psychoactive contenue dans la plante.

Le chanvre a été ainsi longtemps ignoré mais la médecine s’y est de nouveau intéressée suite aux découvertes de quelques chercheurs israéliens en 1964. Ils ont effectivement étudié la stéréochimie du cannabis et identifié le THC, le CBD, le CBG et quelques autres phytocannabinoïdes. Toutefois, les recherches suivantes se sont uniquement focalisées sur le CBD car on le croyait comme le seul actif anti-convulsif contenu dans le chanvre. 

Après 30 années de recherches, le premier antiépileptique à base de CBD est enfin autorisé sur le marché américain en 2018. Il s’agit de l’Epidiolex, un antiépileptique prescrit pour les formes graves d’épilepsie mais qui n’atténue cependant les crises d’épilepsie qu’à 50%. Un tel pourcentage indique déjà une grande avancée par rapport aux autres médicaments usuels, mais le médicament reste moins efficace que le cannabis entier. Cela démontre que la plante a des actifs antiépileptiques autres que le CBD, ce qui a conduit des chercheurs à comparer les effets anticonvulsifs du CBD par rapport à ceux du CBG, du CBGA et du CBGV.

Les essais cliniques sur l’efficacité du CBGA contre l’épilepsie

Depuis 2015, des pharmacologues australiens de l’Université de Sydney ont réalisé des études sur les composants antiépileptiques du cannabis. Ils ont comparé les potentiels curatifs de 4 cannabinoïdes contenues dans la plante, à savoir le CBD, le CBG, le CBGV et le CBGA. 

Des essais cliniques sont ensuite menés sur 10 enfants récalcitrants aux traitements conventionnels, y compris l’Epidiolex. En 2021, les résultats de l’étude confirment que le CBGA lutte beaucoup plus efficacement que le CBD ou tout autre cannabinoïde contre les convulsions. Il est même assez puissant pour contrôler les formes sévères d’épilepsie comme les syndromes de Dravet et de Lennox-Gastaut.

Les autres acides cannabidioliques anti-convulsifs 

Selon les chercheurs de l’Université de Sydney, le CBGA produit aussi trois acides principaux aux effets anti-convulsifs :  

  •          le THCA ou acide tétrahydrocannabinolique
  •          le CBDA ou acide cannabidioloique
  •          le CBNA ou acide cannabinolique

Ces acides sont rares et se dénaturent facilement sous l’effet de la chaleur, de la lumière ou du temps. Ils ont chacun leurs spécificités propres, mais ont comme point commun de calmer ou supprimer les convulsions. 

Le THCA

Le THCA est un acide cannabidiolique présent dans le cannabis vivant ou fraîchement arraché. Cette substance n’a aucun effet psychoactif mais se transforme en THC ou tétrahydrocannabinol (la fameuse drogue du cannabis) quand le cannabis sèche naturellement ou lorsqu’il est chauffé à 100°C. 

Le THCA a des effets anti-convulsifs et neuro-protecteurs. Il atténue les crises d’épilepsie et améliore également l’état des patients atteints de la maladie de Parkinson. Le THCA reproduit à peu près dans notre système endocannabinoïde ses rôles dans le cannabis. Hormis sa fonction anti-UV, il entraîne en effet la nécrose des cellules défaillantes, boostant par la même occasion leur renouvellement. 

LE CBDA

 Le CBDA a longtemps été considéré comme la forme inactive du cannabidiol ou CBD, alors qu’il en est le précurseur. Les chercheurs lui reconnaissent aujourd’hui de multiples bienfaits sur le système nerveux dont la gestion des convulsions, entre autres. L’ajout d’une petite quantité de CBDA dans l’huile de CBD rend effectivement les crises plus brèves et moins fréquentes. Un tel résultat est également observable quand l’Epydiolex est administré avec du CBDA. 

LE CBNA

Le CBNA, la forme originelle du CBN, est également un dérivé non psychoactif du THC. Il peut ainsi se transformer :

  • en THCA quand il est exposé à l’oxygène et aux rayons UV. Et inversement, le THCA peut se transformer en CBNA quand il est stocké à l’air libre ou pendant un certain temps.
  • en CBN lorsqu’on le soumet à la décarboxylation (chaleur supérieure à 100°C) et aux UV.  

Le CBNA possède aussi des propriétés anticonvulsivantes, tout comme le CBGA, le THCA et le CBDA. L’association de ces différents acides permet d’optimiser les effets anti-convulsifs, d’où la réduction de crises à 86 % obtenue avec le cannabis entier. Si on extrait ces différents acides pour élaborer un concentré d’agents anti-convulsifs, leur synergie rendra le traitement plus puissant. 

CBGA et épilepsie: quels sont les effets secondaires? 

Les recherches sur le CBGA occupent encore le devant de la scène, mais aucun effet négatif n’est rapporté jusqu’ici. Si certains utilisateurs remarquent un effet psychoactif, c’est parce que les conditions de stockage du CBGA l’ont transformé en THC ou autres cannabinoïdes.

Les seuls effets secondaires remarqués pendant les traitements antiépileptiques à base de CBGA sont la bonne influence sur l’humeur, l’appétit et le système immunitaire. Le CBGA est également connu pour soigner le cancer du côlon et traiter les polypes.

Il faut toutefois reconnaître le manque de recherche quant aux autres effets de la consommation de CBGA. Nous vous conseillons ainsi de consulter votre médecin avant d’en prendre. Il est également recommandé de débuter le traitement antiépileptique au CBGA par une faible dose. Vous pourrez ensuite l’augmenter progressivement selon la fréquence des crises.

Pour résumer, le CBGA est réellement efficace contre les convulsions et s’avère même le plus puissant antiépileptique découvert jusqu’à ce jour. Tout comme le CBD, son influence sur notre système endocannabinoïde favorise aussi la neurogenèse et la défense immunitaire. Ce cannabinoïde-mère nous réserve encore quelques mystères, mais il apporte déjà l’espoir d’une meilleure qualité de vie aux 50 millions d’épileptiques dans les quatre coins du globe.   

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