Actualités

Espagne : une gigantesque ferme de 415 000 plants de cannabis démantelée

Une immense plantation de cannabis à perte de vue, occupant une superficie de 67 ha a été démantelée dans la région de Navarre le mercredi 13 avril. C’est l’aboutissement de plusieurs mois d’investigation menée depuis 2021. L’opération, un véritable succès, s’est terminée par la destruction de 415 000 plants de cannabis … Un record de saisie jamais effectuée dans toute l’Europe.

Une gigantesque ferme de 415.000 plants de cannabis

Pas plus tard que le mercredi 13 avril, la Guardia Civil (équivalent de gendarmerie) et la police forale espagnole ont démantelé une culture à grande échelle de cannabis sativa dans la province de Navarre, au nord de l’Espagne. La plantation de cannabis est répartie sur 11 parcelles entre Artajone et Olite,deux villes à proximité de Pampelune, la capitale de Navarre. Les champs couvrent au total 67 ha environ, soit l’équivalent de 67 terrains de football. 

Des cannabis de plusieurs dizaines de millions d’euros

Selon les informations sur le site officiel de la gendarmerie espagnole, la ferme constitue «la plus grande culture de cannabis d’Europe» qu’ils aient jamais mise à jour. Ces cannabis sont destinés pour des pays comme la Suisse ou l’Italie, où la production de CBD et autres dérivés est légale. La police forale estime la valeur marchande des plants de cannabis à 30 millions d’euros, et une fois transformés en huiles ou cristaux, leur prix s’élèverait à 100 millions d’euros tout au moins.

Un immense hangar de séchage

La police forale et la guardia civil ont été informées pendant leur investigation qu’une cargaison de cannabis va partir pour l’Italie le 13 avril 2022. Elles ont également repéré un grand entrepôt de plusieurs centaines de mètres carrés à Artajone, dans la partie nord de la ferme. Les forces de l’ordre ont attendu le camion à la sortie afin d’inspecter la cargaison qui compte pas moins de 23000 plants de cannabis secs. La police a également découvert un  système de ventilation et un thermostat à l’intérieur de l’entrepôt. L’endroit sert à sécher les cannabis récoltés, comme le montre la vidéo publiée par la Guardia Civil sur sa chaîne YouTube. Les images montrent des cannabis en cours de séchage, pendus sur des cordes ou étalés sur le sol. Ils font environ 13000 plants, sans compter les branches de cannabis éparpillées un peu partout.

Une partie de l’entrepôt où l’on voit des cannabis séchés par terre. Photo: @policiaforal_na/Twitter.

415 000 plants de cannabis brûlés en tout

Les quelque 375 000 pieds de cannabis qui n’ont pas encore été récoltés, ceux qui se trouvaient dans le hangar et le camion comptent une totalité de 415 000 plants. Les plantes ont été brûlées sous ordre de la justice espagnole et 3 personnes ont été arrêtées dans la ferme. L’enquête menée auprès de ces dernières a également conduit à l’arrestation de 2 autres suspects en Pays basque.    

Notons que l’investigation a pu aboutir à la saisie des cannabis grâce à la collaboration entre les forces de l’ordre et le Centre de Renseignement contre le Terrorisme et le Crime Organisé (CITCO).

Comment la gigantesque ferme de cannabis s’est-elle cachée depuis des années ?

Pour que la ferme illégale de cannabis puisse proliférer sans problème sur plusieurs années, son propriétaire lui a donné une légalité apparente, selon la Guardia Civil. Le gérant de la ferme a effectivement contourné la loi en se faisant passer pour un fournisseur de chanvre textile. 

Une plantation destinée à un “usage industriel”

Le propriétaire de la plantation a déclaré auprès des autorités qu’il cultivait le cannabis pour des fins industrielles. En effet, la production de cannabis pour un usage industriel ou pharmaceutique est légale en Espagne, contrairement à la production de cannabinoïdes comme le CBD (cannabidiol) ou autres dérivés. 

La loi espagnole entend par “usage industriel” l’exploitation des fibres pour en produire des cordages ou du textile. Il est interdit de laisser la plante fleurir (sauf sur autorisation spéciale pour la collecte des graines), de cueillir les fleurs et les feuilles. De même, la loi prohibe la commercialisation de la plante mais permet celle des graines. 

Le motif “usage industriel” aurait permis au propriétaire de la ferme d’obtenir une autorisation pour cultiver légalement le cannabis. Toutefois, il n’a pas respecté une série de réglementations, dont le commerce des plants de cannabis.

Des semences “certifiées par l’Union européenne”

Les graines utilisées pour la culture de cannabis doivent-être certifiées par l’Union Européenne, c’est-à-dire qu’elles doivent figurer sur la liste des 82 variétés de cannabis autorisées. Comme le propriétaire de la ferme a utilisé des semences légales, il n’a pas éveillé le soupçon des autorités sur la destination finale de sa plantation de cannabis. L’après-midi même de son arrestation, l’un des responsables de la ferme a déclaré à une presse locale que les autorités savaient qu’ils plantaient du chanvre industriel, et qu’ils utilisaient des semences légales.    

Une vue aérienne sur l’un des 11 champs de cannabis. Photo Policía Foral de Navarra/ Guardia Civil.

Début de l’enquête sur la gigantesque ferme de cannabis

La gendarmerie et la police forale ont commencé à avoir des soupçons sur la plantation en 2021. En effet, un agent de police a rapporté la découverte d’un immense champ de cannabis dans le nord de la région de Navarre. La vérification sur place a ensuite conduit à la découverte des 11 champs de cannabis cultivés à ciel ouvert sur une superficie de 67 ha. 

La police et la gendarmerie ont donc ouvert une enquête, en collaboration avec le Centre de Renseignement contre le Terrorisme et le Crime Organisé. L’importance des investissements réalisés a remis en question les activités réelles dans la ferme. Il en est de même pour les périodes de récolte qui confirment le doute sur la destination finale des plantes.  

En effet, la ferme exporte régulièrement des cargaisons de plants de cannabis vers des pays comme la Suisse et l’Italie. Les cannabis y seront ensuite transformés en produits à base de CBD ou autre cannabinoïde. 

Arrestation des responsables de la ferme

L’opération menée ensemble par les forces de l’ordre d’Artajone et d’Olite a permis l’arrestation de 3 personnes : un homme de 53 ans à Olite, un jeune de 25 ans à Pampelune, et un homme de 55 ans dans la région de Cantabrie. Ces trois suspects, ayant déjà eu des antécédents judiciaires, sont des responsables et employés de la ferme. En les enquêtant, la police forale et la gendarmerie ont pu tracer deux autres suspects au Pays Basque. Il s’agit de deux hommes de 35 et 44 ans au casier judiciaire vierge. Ces derniers sont impliqués directement dans les activités dans la ferme. Toutefois, le communiqué de la gendarmerie et de la police forale reste muet quant à leurs fonctions au sein de l’organisation. 

Au total, les autorités ont arrêté 5 hommes dans le cadre de l’enquête, mais ils ont été ensuite relâchés. Ils ne devraient pas quitter leur région respective toutefois, en attendant la conclusion de l’information judiciaire. Il appartient ainsi au juge d’instruction d’apprécier s’il y a eu infraction pénale ou non.

La législation espagnole et la production de cannabis

Le décret royal 1729/1999 permet la culture du cannabis en Espagne, mais seulement à usage industriel, pharmaceutique ou pour la consommation personnelle. Et encore, la culture doit se conformer à plusieurs réglementations : 

  • Les graines utilisées doivent figurer dans la liste des semences autorisées par l’Union européenne (UE).
  • Ce sont uniquement les graines, et non la plante, qui peuvent être commercialisées.
  • Les plantes doivent avoir une teneur en THC inférieure à 0.2%.
  • La production à vocation industrielle se limite à la collecte des fibres et des graines.
  • La plante ne doit pas fleurir, quelle que soit la teneur en THC de la fleur ou des bourgeons. Le cannabiculteur doit avoir une autorisation pour en collecter les graines.
  • La culture doit être à usage industrielle ou pour une consommation.
  • La culture doit avoir lieu dans un espace privé, inaccessible au public.

Les réglementations sur le commerce de CBD

La législation espagnole autorise la vente et l’achat de CBD, mais prohibe la culture de cannabis dans le but d’en extraire des cannabinoïdes. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Guardia Civil interdit aux cultivateurs de laisser les cannabis fleurir. Les bourgeons et les fleurs contiennent en effet une plus forte teneur en CBD par rapport aux feuilles. 

Les sanctions encourues pour le trafic illégal de cannabis

La législation espagnole considère le cannabis comme une substance nocive sans gravité. Le trafic illégal de ces substances est sanctionnable de 1 à 3 ans de prison, en plus d’une  amende qui équivaut au double de la valeur des cannabis saisis. La peine maximale, prévue pour l’organisation d’un réseau de trafic de drogue, peut aller jusqu’à 18 ou 21 ans de prison. La loi prévoit également une amende équivalente à quatre fois la valeur des cannabis saisis.

La législation espagnole permet ainsi la consommation de cannabis et de CBD, mais uniquement dans une sphère privée. En revanche, elle interdit la commercialisation des plantes et encore moins la production de CBD sur le territoire. Malgré ces restrictions toutefois, l’Espagne figure en tête du commerce illégal de cannabis. Rien qu’en 2021, le pays détient presque la moitié de la totalité des drogues saisies dans l’Union Européenne. Et compte tenu du nombre croissant des saisies chaque année, le record des 415 000 plants de cannabis en avril risque bientôt d’être battu.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page