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François-Michel Lambert qui brandit un joint à l’Assemblée : le député pro-cannabis s’explique au micro de Parlons Canna

En France, le cannabis n’est pas toujours bien perçu. Pourtant, la consommation de cette substance concerne plus du tiers de la population de l’Hexagone. D’après les chiffres d’OFTD, ce serait effectivement 46,1 % des adultes de 18 à 64 ans qui déclarent avoir déjà interagi avec ce produit. Malgré cela, la légalisation ne semble pas être encore à l’ordre du jour. Une situation que dénonce fortement le député François-Michel Lambert qui, rappelons-le, a déposé en juin 2019 une proposition de loi pour la « légalisation contrôlée » de la production et de la vente de cannabis sur le territoire. Il revient d’ailleurs sur un moment fort de sa carrière dans un podcast accordé à Parlons Canna (lien à la fin de l’article) où il brandissait un joint devant l’Assemblée pour défendre cette réforme.  

La France, l’un des plus réfractaires à la légalisation du cannabis 

La politique anti-cannabis prend une place importante dans les stratégies de lutte contre les stupéfiants dans l’Hexagone. Le pays a d’ailleurs mis en place une répression importante, soutenue par l’apparition de nouvelles amendes, pour freiner la progression du marché illicite. Et pourtant, les faits sont là : les Français seraient les premiers consommateurs de marijuana en Europe. Mais alors, pourquoi la légalisation coince-t-elle encore ? Eh bien, cette réticence serait liée à la crainte de déstabiliser les économies locales des quartiers populaires. 

Pour beaucoup, cet argument est tout simplement infondé. Cette approche sévère par rapport aux drogues aurait surtout des facteurs émotionnels. N’oublions par exemple pas la réponse de Gérald Darmanin face au député des Bouches-du-Rhône lorsque ce dernier a brandi en 2021 un joint devant l’hémicycle. Le ministre de l’Intérieur parlait alors de « tous ces pères et ces mères de famille qui se battent tous les jours pour expliquer à leurs enfants que c’est de la merde ».

Ce point de vue, de nombreux Français le partageraient d’ailleurs avec ce dernier. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on constate que 43 % du public adulte penseraient que la légalisation du cannabis contribuerait « à la perte de valeurs morales ». Bien entendu, il y a également la volonté du gouvernement à promouvoir la sécurité de la population et surtout des jeunes. La lutte contre la toxicomanie devrait être une priorité dans ce cas. Sans parler du fait que le THC du cannabis pourrait exacerber les troubles psychiques et même psychiatriques chez certains individus.  

Photo de cannabis récréatif france

Une politique répressive qui ne marcherait pourtant pas

La crainte est essentiellement à l’origine de la réticence de la France à légaliser le cannabis. Or, les mesures mises en place par le pays jusqu’à l’heure actuelle ne semblent pas vraiment porter leurs fruits. En réalité, 50 ans de répression n’ont pas donné les effets escomptés. Bien au contraire, la consommation de marijuana n’a pas faibli. D’un côté, les législations à cet égard deviennent de plus en plus sévère. Et paradoxalement, l’Hexagone figure encore en tête de liste parmi les pays européens où l’on consomme le plus de marijuana. 

La sanction d’un an d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende (article L3421-1 du Code de la santé publique) que prévoit la loi dans le cadre de la possession de cannabis ne semble par ailleurs pas dissuader les consommateurs. C’est justement pour cette raison que la dépénalisation pourrait représenter une meilleure alternative. Légaliser permettrait essentiellement de contrôler la chaîne de distribution. La maîtrise de la qualité figure également parmi les principaux avantages de telles réformes. De plus, le cannabis est un produit multiusage. Certains y ont notamment recours pour des fins récréatives. D’autres veulent plutôt profiter de ses vertus thérapeutiques potentielles. 

Là encore, il convient de distinguer les usagers qui consomment de la marijuana avec modération et ceux qui présentent un problème de dépendance. Une personne qui prend par exemple un joint de temps à autre pour se décompresser ne se retrouvera probablement pas dans le cas d’un autre individu qui, lui, aurait des tendances addictives. De l’autre côté, les défenseurs de la légalisation du cannabis dénoncent une politique répressive française « déconnectée des expériences internationales ». De plus en plus de pays ont effectivement sauté le cap à ce sujet. Canada, Uruguay, certains États américains et prochainement Allemagne, mais bien d’autres encore, ces pays ont décriminalisé la consommation de cannabis.

Une nouvelle proposition de loi a été déposée 

La proposition de loi nº 2099 a été enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 2 juillet 2019. Depuis, les défenseurs de la dépénalisation de la marijuana attendent encore les changements. Pour rappel, cette PPL se porte surtout sur la légalisation contrôlée de la production, de la vente et de la consommation de cannabis en France. Au côté de 24 autres députés, FrançoisMichel Lambert expose les motifs qui devraient pousser le gouvernement à adopter de nouvelles réformes à cet égard. 

Depuis 1970, l’Hexagone prohibe effectivement l’usage et le trafic de stupéfiants. La loi en vigueur actuellement considère alors l’usager simple de cannabis comme un délinquant et un malade à la fois. Depuis, les articles législatifs sur le sujet se multiplient. Pourtant, « aucune efficacité » n’aurait été réellement observée durant ces 50 ans par rapport aux dispositifs mis en place. Le constat d’échec pousse donc ces députés à attirer l’attention sur les potentiels réels de l’adoption d’une réforme dans ce domaine. 

D’ailleurs, la légalisation du cannabis pourrait apporter des avantages non négligeables pour la France. On note entre autres : 

  • La réduction du marché noir et des trafics ; 
  • La lutte contre les criminalités organisées ;  
  • L’accès à une nouvelle source de recettes fiscales pour l’État ; 
  • La création d’emplois ; 
  • L’impact écologique positif (un hectare de chanvre absorberait entre autres autant de CO2 qu’un hectare de forêt) ;
  • Etc. 

Tout cela pour dire que la légalisation du cannabis compte de nombreux avantages. Néanmoins, il n’est pas ici question de nier les risques de la consommation de marijuana. Cette proposition de loi aurait surtout comme objectif d’avoir une meilleure maîtrise sur : 

  • La production ; 
  • La distribution ;
  • La vente et 
  • L’usage.

Photo de cannabis médical france

Pro-légalisation du cannabis : retour sur le geste fort de M. Lambert 

La légalisation du cannabis est très attendue en France. Alors, pour marquer son coup lors d’un débat sur le sujet à l’Assemblée nationale, le député FrançoisMichel Lambert a brandi de son gobelet à l’effigie de la marijuana un joint. Bien que les faits se soient déroulés en mai 2021, l’évènement est resté dans les annales. L’élu des Bouches-du-Rhône revient d’ailleurs sur ce sujet dans un podcast accordé à Parlons Canna

Ce geste lui a tout de même valu un prélèvement à hauteur de 1400 € sur ses indemnités. Cependant, le député dit ne pas le regretter. C’est d’autant plus vrai lorsqu’il a réussi le pari d’attirer l’attention des médias. Un buzz qui a permis en outre de faire passer son message au plus grand nombre. Dénonçant la pénalisation du cannabis, ce pro-légalisation campe d’ailleurs sur ses positions jusqu’à aujourd’hui. Il parle notamment d’un échec total concernant la prohibition. Pour lui, il serait temps pour la France d’abandonner la « politique de l’autruche » et de commencer à réellement faire face au problème. 

De plus, la France reste bien derrière les autres pays européens dans le domaine de la légalisation du cannabis. Au moment où certains pays comme l’Allemagne entament une démarche de dépénalisation complète, l’Hexagone prolonge encore d’un an l’expérimentation entourant le cannabis médical… repoussant ainsi sa légalisation.  

Que sera donc l’avenir du cannabis en France ? 

Seul l’avenir nous le dira. Néanmoins, le processus est déjà lancé. D’ailleurs, on assiste aujourd’hui à l’évolution des pratiques et des mœurs. L’image de la marijuana auprès de la population est également en train de changer. C’est en partie grâce à la volonté des défenseurs de la légalisation de démystifier la substance. FrançoisMichel Lambert, à travers son geste à l’Assemblée nationale, a par exemple voulu démontrer que les consommateurs de cannabis ne sont pas toujours des « junkies » au look baba cool. Beaucoup sont aussi des personnes lambda, peut-être habillées en costume cravate.

Alors que de plus en plus de pays continuent de légaliser la marijuana à l’échelle internationale, son acceptation au niveau de la population française semble pareillement se répandre. Que ce soit à l’égard de la dépénalisation du cannabis à usage médical ou récréatif, de plus en plus de personnes se montrent favorables à cette idée. Un sondage IFOP publié en 2021 parle même d’une évolution constante à cet égard. À titre indicatif, ils n’auraient été que 27 % de Français à être en faveur de la légalisation en 1977, 32 % en 1997 et 43 % en 2017. Le chiffre pour 2021 était de 51 %.  

Toutefois, les opposants à la légalisation du cannabis ne cessent de mettre l’accent sur les préoccupations relatives au potentiel de dépendance de cette substance. L’exposition à la marijuana pourrait également participer à l’exacerbation de maladies mentales sous-jacentes et établies. Sans parler des altérations de la perception qui pourraient affecter les facultés des consommateurs. Les réformes devront donc s’accompagner de mesures strictes, notamment par rapport aux restrictions d’âges et au contrôle complet de la chaîne de distribution. C’est justement pour cette raison que François-Michel Lambert ainsi que les autres députés défenseurs de ce projet de loi parlent de « légalisation contrôlée ». Cette solution pourrait donner de meilleurs résultats que les règlementations selon la Convention unique sur les stupéfiants de 1961.

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