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Gérald Mexmain: le cannabis pour contrôler la douleur 

Nous sommes au salon du CBD de Marseille avec Gérald Mexmain, producteur de chanvre dans la Somme depuis 2016. Il est militant actif pour la légalisation du cannabis depuis 36 ans, et aussi l’inventeur d’une incroyable machine pour l’extraction des trichomes. Mais ce qui fait une partie importante de sa personnalité, c’est l’algie vasculaire. Souffrant de cette pathologie chronique depuis de longues années, il a réussi à faire face grâce aux cannabinoïdes. Aujourd’hui, nous allons en apprendre des choses avec notre invité. Allons-y!

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Qui es-tu?

Suite à un accident de travail, Gérald n’avait plus les aptitudes nécessaires pour l’exercice de son métier de chef de chantier. C’était pourtant un travail qui lui permettait de bien gagner sa vie, et surtout de se payer son cannabis qui lui coûtait relativement cher. En effet, pour contrecarrer la douleur de son algie vasculaire de la face, il consommait entre 10 à 15 pétards par jour, soit entre 500 à 1500 euros par mois. Voici comment il décrit la douleur :

“Imaginez qu’une balle de baseball vous arrive dans le visage ou qu’une bombe vous explose la moitié du visage. C’est insupportable ! C’est comme si on vous arrache l’œil, les dents, la langue et les cheveux et le scalpe  avec des décharges électriques”.

Pour soigner cette maladie, il existe bien des médicaments. Seulement, au bout d’un moment, ils ne font plus effet et rendent complètement addict, explique-t-il. Il choisit donc le cannabis et l’utilise de manière médicale, en sachant que c’était illégal. Il cite :

“Quand on souffre d’une maladie si violente, il n’y a pas 36 choix. Soit on prend le chanvre et on se fabrique une corde pour se pendre, soit on prend les trichomes, de façon à pouvoir faire un choix entre la vie ou la mort… J’en ai pleuré pendant des années. J’avais même une cicatrice au visage, mais aujourd’hui je ne l’ai plus grâce au cannabis”.

Comment as-tu attrapé cette maladie?

Il y a plusieurs façons d’attraper la céphalée du suicidaire (nom vernaculaire de l’algie vasculaire). Il s’agit d’une maladie à plusieurs facteurs, comme l’hérédité, le traumatisme, ou la surconsommation de stupéfiants. Adolescent, Gérald adorait le lait. Il n’a commencé l’alcool qu’à 27 ans, et les stups après son algie. Étant donné que ça ne peut être aucun de ces facteurs, il pense à un traumatisme qu’il a eu à 12 ans, à la suite d’un choc violent au crâne. 

Comment es-tu devenu producteur de cannabis?

Comme il n’avait plus de travail ni de source de revenus, il lui fallait trouver une solution pour s’acheter du cannabis et soulager sa douleur. Puis, d’un seul coup, c’est l’explosion du CBD en France. Il s’est dit, pourquoi pas? Après avoir essayé le cannabidiol, il se rend compte qu’il arrive à se soulager sans la défonce. Il raconte son expérience:

“Le THC me procure un plus, mais le CBD me permet de me contenir quand même. Si j’ai du THC ou du CBD dans les 5 premières minutes de crise, la douleur chute de 70%. En revanche, la douleur ne diminue même pas d’un tiers avec les stups si je dépasse le quart d’heure”.

Pour être réactif en cas de crise, il garde en permanence du cannabis sur lui.

Est-ce que là tu es sous cannabis? 

Gérald est la preuve vivante que le THC et le CBD aident les personnes qui souffrent de violentes maladies comme lui. Mais il en a aussi rencontré d’autres. Petite anecdote. En Syrie, les trafiquants arrêtent carrément les stups pour aider les malades avec des extractions illégales. C’est-à-dire qu’ils composent des huiles et des cannabinoïdes et les proposent aux malades du cancer, de l’algie, d’alzheimer, d’épilepsie, de sciatique, etc.

Personnellement, le cannabis lui permet de tenir et d’aller bosser ensuite. Dire que c’est récréatif, c’est comme une insulte. Pour lui les stups c’est une question de vie ou de mort. 

Qu’est-ce que tu penses de l’interdiction du cannabis?

Gérald est un militant pro légalisation, mais aussi pour le contrôle. L’interdire à 21 ans c’est bien, mais l’interdiction nous empêche de faire de la prévention, dit-il. Il faut faire comprendre les risques aux jeunes parce que nous n’avons pas tous le même équilibre. Certains peuvent avoir une déficience, ou leur cerveau n’y est pas encore habitué. Mais surtout, il faut dire que l’alcool et les stupéfiants ne font pas bon ménage. Paradoxalement, l’interdiction fait aussi la promotion. En effet, l’interdit provoque l’excitation. 

Parles-nous de ta production de chanvre? 

A la base, il a fait pousser du chanvre pour sa consommation personnelle en mode sinsemilia, du catalan “sans semence”. Pour faire simple, c’est comme une fleur de coffee shop, sans graines à l’intérieur. Selon lui, c’est bien meilleur que la graine fumée. De plus, arrivée au stade de chènevis (le fruit), la plante perd en cannabinoïde. En revanche, une fleur sinsemilia a plusieurs stades de vie, c’est-à-dire qu’elle arrête le stade précédent pour passer au suivant. Une fois fécondée, elle arrête sa floraison, passe directement à la formation de fruit, puis meurt lorsque celui-ci est mûr.

Il explique :

« Chez nous, les plantes sinsemilla sont des plantes dioïques. C’est-à-dire qu’elles ont deux pieds : un mâle et une femelle. Nous empêchons la fécondation de la plante en enlevant le pied mâle. C’est comme ça que la femelle devient sinsemilla ! Elle sera plus grosse, plus forte, plus odorante et plus chargée en cannabinoïdes. » 

Dans son esprit, les autres producteurs ne sont pas des concurrents mais des confrères. Voici son message pour ceux qui veulent interdire la fleur sinsemilia : 

“Arrêtons de nous tirer dans les pâtes comme des concurrents! Nous voulons tous travailler et faire des choses légales. Faisons les choses intelligemment.”

Ton avis sur le marché du cannabis CBD en France?

Gérald se concentre uniquement sur les variétés issues du tableau de l’UE vendus dans les coffee shop. Au regard de la réglementation européenne et française, elles sont légales. Mais comment se fait-il que d’autres variétés à moins 1% de THC qui ressemblent à des fleurs arrivent sur le marché français, sans être inscrites sur le catalogue européen? Le producteur insiste sur le fait que tous les produits internes à l’espace Schengen, que ce soit l’huile, le CBD ou la fleur, doivent être faits uniquement à partir des graines de chanvre de l’UE. 

Les gens ne se rendent pas compte de la différence entre ces produits, ajoute-t-il. Pour sa part, ses fleurs ne sont ni lavées, ni rajoutées en terpène ni en CBD. Elles ont un aspect plus aérien, avec une bonne odeur de terpènes naturels. Il les laisse en branche pour diminuer le coût de séparation du végétal, ce qui revient moins cher que la manucure. Entières, ces fleurs font l’équivalent de trois produits. On peut par exemple les mettre dans une pâte à crêpe, les mettre en combustion ou en infusion. Elles dégagent une odeur extraordinaire et apaisante, un somnifère naturel par excellence.

Comment le CBD empêche la défonce?

Le CBD est subtil parce qu’il n’y a pas le côté défonce. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a un ratio de principes actifs dans les variétés du catalogue européen. D’une part, il y a les cannabinoïdes psychotropes et d’autre part, les non psychotropes. Le plus intéressant dans le chanvre à 0,3% de THC, c’est que le taux de CBD va contrecarrer les effets psychotropes si jamais vous le fumez. Si l’on récupère une extraction à partir du chanvre européen, le taux de THC peut être supérieur à 0,3% suivant la qualité de l’extraction. Derrière, vous avez le ratio de CBD qui est aussi supérieur (40 à 50% pour 3 à 4% de THC). Ce ratio vous permet de fumer la fleur sans vous défoncer. Pour obtenir ce genre d’information, il faut se documenter dans les publications médicales comme Pubmed, ajoute-t-il. 

Comment tu expliques que la France soit ultra réticente au cannabis? 

“Quand j’entends dire que le haschisch vendu dans les quartiers nourrit des terroristes, je ne suis pas d’accord! Quand on regarde les saisies dans les quartiers et les épiceries qui ferment à côté parce qu’il n’y a plus d’argent dans la cité, je me demande si ça nourrit vraiment”… Aujourd’hui, les jeunes fument trois pétards à l’heure comme des breath drinking. Si on interdit le THC et la fleur de CBD, comment leur explique-t-on qu’un pétard peut suffire pour deux ou trois heures?”

Il sous-entend que les politiques feraient mieux de regarder comment se passe l’approvisionnement des CBD shop, pour préparer la légalisation du THC demain. 

Pour le producteur de chanvre, l’interdiction est une ouverture à la délinquance. Il suggère de proposer une licence ou un coffee shop aux dealers. Ça leur permettra de payer leurs ouvriers, de garantir le chômage, de cotiser pour leur retraite et payer leurs impôts, etc. de cette manière, ils pourront réintégrer la société et rester nobles. 

Anecdote, il y a 18 ans, le Portugal était le plus gros consommateur d’héroïne d’Europe. Ils sont parvenus à renverser ce statut en tolérant toutes les drogues, et ça en moins de 20 ans. 

Il ajoute:

“Quand on souffre d’une algie vasculaire, je peux vous dire qu’on a essayé toutes les drogues, ajoute-t-il. Mais c’est le cannabis qui m’a permis de décrocher avec les drogues dures. Alors, pourquoi on ne légalise pas les drogues? Je trouve effarant qu’on fasse de l’argent sur le dos d’un patient. La santé, ça n’a pas de prix. A qui profite le crime?”

Un message pour le plus grand nombre?

“Respectez le producteur, achetez local!”

Aux consommateurs

“Ne soyez pas naïfs, demandez-vous ce que vous avez dans votre fleur. Inspectez vos trichomes à la loupe. Regardez la couleur de votre plante, pincez-là pour savoir si elle sent plus fort avant ou après. Si elle sent après, c’est qu’elle n’a pas été modifiée.” 

Aux boutiques

“Allez voir vos agriculteurs qui sont à côté de chez vous!”

Il y a un problème avec le cannabis. On ne devrait même pas être là à en parler, ni même faire un business. Nous devrions tous être comme il y a 60 ans en Inde avec nos maisons faites de cannabis, et nous pourrions aussi soigner tous nos maux avec. 

Le mot de la fin

“Vivons cachés, vivons heureux!”

Si le monde du cannabis et du CBD vous passionne, ne ratez aucun des interviews des militants et acteurs du marché sur Parlons Canna.

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