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Ludovic Loffreda – Hemperious : le CBD en mode coproduction

Dans ce nouveau podcast, Parlons Canna s’invite au salon du CBD de Paris. Nous sommes en compagnie de Ludovic Loffreda, cofondateur de Hemperious. Il va nous parler de sa société qui œuvre dans la production de cannabis et fédère des producteurs et agriculteurs pour les tirer vers le haut. Mais avant, retour sur son parcours atypique. 

Son parcours

A 18 ans, Ludovic se retrouve sur le banc d’une grande école de management à Lyon, le Centre d’Études Franco-Américain. Ce cursus l’a amené à faire un stage en entreprise de 3 mois à Dubaï, où il décide d’y rester. Pour lui et sa famille, c’était un rêve accompli. Sur place, il fait du porte à porte pour vendre du matériel médical. De cette manière, il réussit à investir dans sa propre boîte au Koweït, au Qatar et en Oman. C’était une société de 80 collaborateurs qui lui a permis d’avoir une belle réussite professionnelle et d’investir dans une holding financière. Elle s’est développée sur différents marchés, notamment dans l’assurance maladie et l’équipement militaire. 

Dubaï est un pays où on peut avoir des réussites fantastiques, dit-il. Les étrangers sont bien accueillis et ont tous les outils pour réussir. Les compétences locales ne sont pas assez nombreuses. En effet, la population est en minorité par rapport aux expatriés. Cela correspond justement à la vision d’Hemperious. Ils ne cherchent pas à s’imposer comme des concurrents et arriver seuls sur le trône, mais à bien s’entourer.

L’histoire d’Hemperious 

Après Dubaï, Ludovic retourne en France et produit du cannabis de haute qualité avec Hemperious. Il exporte son savoir-faire et amène de nouvelles compétences par l’intégration d’un système de coproduction. Cette année, c’est la première fois qu’il se lance dans la recherche et développement avec une équipe dédiée. Il souhaite aussi accompagner les producteurs français dans la découverte du cannabis. Selon lui, beaucoup ne le cultivent pas de la bonne manière. 

Dans ce nouveau programme de coproduction, Hemperious fédère 34 producteurs Français à travers un groupement d’intérêt économique (GIE). Ces derniers cultivent du cannabis sur environ 45 hectares. Le GIE vend la production à Hemperious, qui revend sur le marché français et international. L’entrepreneur affirme qu’ils sont “la plus grosse production de fleur de cannabis en France.” 

Retour en France

Ludovic a bien vécu aux émirats arabe. Il a fondé une famille, amassé et dépensé une belle fortune. Il s’est même constitué une collection de voitures, son péché mignon. En 2017, après avoir fait le tour du continent et accompli tous ses rêves, il décide de retourner en France avec son ex femme et ses deux enfants. Il aspire à leur donner de bonnes valeurs d’éducation, faire en sorte qu’ils gardent les pieds sur terre et s’entourent de gens normaux. La vie à Dubaï est certes plus confortable, mais la France c’est mieux. 

Il revend sa structure d’investissement, qui ne compte plus aujourd’hui qu’une dizaine de personnes. Dans l’Hexagone, il décide d’ouvrir une succursale, afin d’éviter les problèmes avec le fisc. “C’est difficile de jouer avec les lois internationales, dit-il. Il faut jouer le jeu du pays où tu vis”. 

Le déclic avec le CBD

Ludovic a une double nationalité, française et portugaise. Avant de retourner au pays, il s’envole au Portugal pour acheter une ferme d’exploitation de fraises. Bien sûr qu’il en a besoin pour faire pousser du cannabis CBD. Mais cette idée ne lui est pas venue au hasard. En fait, au tout début, il n’était pas du tout intéressé. Comme il possède une société d’investissement, plusieurs projets défilent sous ses yeux. Certains réussissent moins bien que d’autres. A vrai dire, le taux de réussite est même très faible. Il y a de belles pépites pour lesquelles il a investi dans leur projet, comme lepermislibre. Il lui est aussi arrivé de passer à côté de beaux projets, mais c’est sans regret. Par exemple, en 2018, deux Suisses sont venus lui parler du CBD. Pour Ludovic, c’était juste impossible. Lui qui n’avait jamais fumé de joint de sa vie, ne connaissait rien du cannabis. Vis-à-vis de ses associés, il n’avait aucune légitimité à le faire. De plus qu’il revenait de 13 ans d’expatriation dans un pays où on se peut prendre très longtemps rien que pour du CBD. 

Six mois plus tard, les Suisses sont revenus, chacun à bord d’une Maserati, Rolex au poignet. Ludovic s’est dit: “ça a sacrément bien marché pour eux”! Lorsqu’il compare leurs chiffres sur les six derniers mois, il est bluffé de la façon dont ils ont déplacé des montagnes. Et là, c’est le déclic. 

Produire de fleurs de CBD à tout prix

L’opportuniste se met en avant et décide de se pencher sur le sujet en mettant un juriste sur le coup pour assurer ses arrières. En cherchant un peu, il découvre la problématique de l’approvisionnement en France. Les variétés de fleurs portent des noms commerciaux qui permettent de les distinguer, comme amnesia ou gelato par exemple. Seulement, d’une semaine à l’autre, la gelato n’est plus la même. En fait, les fleurs proviennent de productions différentes, et ont juste été renommées. “C’est prendre le consommateur pour un con”, dit-il.

Face à cette escroquerie, Ludovic se dit: 

“Si jamais on fait ce truc, on le fait proprement. Je veux pouvoir m’assurer une tranquillité. Si on produit une variété, il faut que ce soit la même toute l’année”. 

Pour lui, la production est devenue une évidence. Il s’associe donc avec les Suisses. Eux, s’occupent de la distribution, et lui de la production.

CBD made in France

Maintenant, revenons au Portugal, qui venait tout juste d’ouvrir les portes au marché du cannabis CBD. C’est là qu’il décide d’acheter une ferme de fraises pour en faire son exploitation. Il se rapproche d’une banque portugaise et demande un prêt pour en faire l’acquisition. Cette dernière l’accueille avec une telle facilité, en lui prêtant 110% de ce dont il avait besoin. Là-bas, ils avaient compris une chose, le CBD c’est l’avenir. 

Depuis cette belle aventure, Ludovic est devenu producteur, en greenhouse. A l’époque, les prix de vente n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Sur sa première récolte, il avait déjà fait quasiment 3 millions de chiffres d’affaires, une énorme rentabilité. Une fois de plus, le projet du redoutable entrepreneur est couronné de succès. Malgré sa belle réussite portugaise, il décide de tout quitter et de se rapprocher de sa famille dans l’Hexagone. Il adorait la campagne portugaise, mais ne voulait plus vivre séparé de ses enfants. C’est aussi son frère qui l’a encouragé à revenir pour monter avec lui une société de cannabis en France. C’était assez délicat, mais en sachant que nous sommes le premier producteur de chanvre en Europe, Ludovic s’est dit pourquoi n’aurait-on pas le droit de le faire?  

Ainsi, ils entament la production en 2020, et commencent à commercialiser du cannabis made in France en 2021, et connaissent un succès phénoménal. Le producteur et militant souligne bien le mot cannabis. Il explique:  

“Cannabis ou chanvre, c’est la même chose. Le mot cannabis est juste un nom latin. Nous sommes les seuls à l’afficher sur tous nos visuels marketing”.

Pourquoi le marché CBD français?

Ludovic voulait se mettre sur le premier marché européen de la vente de fleurs, qui est la France. Il accorde une importance particulière à produire à l’endroit où l’on achète. Selon lui, le consommateur est très friand du made in France. Il veut de la qualité et des fleurs de terroir, comme le vin. 

Il ajoute : 

“Nous sommes une ferme de production de cannabis. Je ne dénigre pas les autres producteurs qui ajoutent une corde à leur arc, par exemple avec un élevage bovin. Ça permet d’avoir  un complément de revenu et valorise l’agriculture française. Mais sanitairement, il faut dissocier. Adapter un bâtiment destiné à l’élevage bovin pour la production de cannabis est difficile, mais il y en qui arrivent. Cet aspect sanitaire est hyper important et il faut en être conscient. C’est pour ça que chez nous, le cannabis est plus cher. Parce que derrière, il y a un effort plus important”.

Actus CBD Hemperious 

Actuellement, Ludovic et les 34 coproducteurs travaillent sur les génétiques d’Hemperious, avec six variétés de base. En Europe, seules certaines graines sont autorisées. C’est un vrai problème parce qu’elles n’ont aucune stabilité.

“Aujourd’hui tu plantes 10 000 graines, demain tu auras 10000 plantes différentes”, dit-il. 

Sans dévoiler tous les secrets de sa production, il rassure que c’est dans les clous juridiques.

Le next step

Chez Hemperious, ils sont dans l’agriculture raisonnée, et contents de travailler avec les agriculteurs bio. Pour eux, le bio n’est pas une nécessité mais un gage de qualité supplémentaire.

La prochaine étape consiste à ouvrir la porte aux autres agriculteurs qui souhaitent se lancer là-dedans. Ils sont des centaines, et seront intégrés dans un autre programme et sur d’autres catégories que la fleur. En effet, il ne faut pas oublier les dérivés. 

Le but est de tout regrouper sur une seule marque et de garantir un label de qualité, et de fédérer les producteurs dans le cadre du GIE pour avoir des prix stables sur le marché. Il faut aussi accompagner les producteurs dans leur développement et leur permettre de gagner un revenu complémentaire. Cependant, pour être sélectionné, avoir une situation stable est un critère essentiel. Avoir plusieurs cordes à son arc est un atout. Par exemple, associer la production de CBD à la production alimentaire en maîtrisant la propagation des agents pathogènes.

Quelles garanties pour les agriculteurs?

Les agriculteurs ont la garantie d’un prix d’achat annuel, grâce à un contrat de rachat à un prix fixe. C’est un avantage non négligeable quand on sait que les prix peuvent se casser la gueule, et qu’il y a peu de chances pour qu’ils augmentent. Mais Ludovic prend le pari. C’est ce qui fait notre puissance sur le réseau français, dit-il. 

Les coproducteurs bénéficient également d’une protection au pénal par le GIE, sans pour autant se prétendre un syndicat. 

“Nous sommes une union économique qui permet de protéger, de réguler les prix mais surtout d’avoir une charte qualité sur l’ensemble des coproducteurs”. 

Pour avoir le meilleur cannabis possible en fin de récolte, ils bénéficient aussi d’un accompagnement et d’une assistance gratuite aux moments-clés de la plantation comme de la récolte. Ce n’est pas tout, car les producteurs sont aussi équipés en matériel à prix très compétitifs.

Un dernier message inspirant pour la communauté

“Il faut oser pour réussir, et ne pas avoir peur de l’échec parce que ça rend plus fort. J’aime la persévérance de l’humain, on accompagne ces gens-là. Les agriculteurs savent où nous trouver, nous n’allons pas les chercher. Les pépites finissent par se dévoiler, ne serait-ce que dans nos coproducteurs cette année ou dans nos futurs coproducteurs. Pour ceux qui n’ont pas encore intégré le programme, ce n’est que partie remise. 

Ce qu’on recherche, c’est une reconnaissance de notre travail entrepreneurial.  Nous sommes aussi critiqués et même traités de capitalistes. Il faut bien que quelqu’un essuie les critiques, mais au moins, nous faisons les choses. 

J’adore l’aventure humaine, c’est pour ça que j’ai autant d’associés. Il faut tirer l’industrie vers le haut au lieu de se tirer dans les pâtes”.  

Le mot de la fin

“Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”.

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