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Stop à la prohibition – Bénédicte Desforges, PCP

Dans ce nouvel épisode de Parlons Canna, nous accueillons Bénédicte Desforges. Elle est une ancienne policière engagée pour la dépénalisation de toutes les drogues et stupéfiants et partiellement pour la légalisation du cannabis. Notre invité est connu sur les réseaux sociaux en tant que membre du collectif « Police Contre la Prohibition » (PCP). Ce dernier est exclusivement composé de représentants ou anciens représentants des forces de l’ordre en France. Le PCP est une voix importante dans le débat sur la légalisation du cannabis et pourrait jouer un rôle décisif en cas de référendum. Bénédicte Desforges est soutenue par Yann Bisou et François Michel Lambert, qui ont également été invités sur Parlons Canna. Au cours de cette interview, nous allons discuter de l’histoire du collectif, de l’actualité, de la ville du maire de Bègles et de leur engagement en faveur de la légalisation.

Qui est Bénédicte Desforges?

Bénédicte Desforges, ancienne policière et membre du collectif « Police Contre la Prohibition », a partagé son expérience en tant que gardien de la paix en uniforme dans une unité d’anticriminalité en banlieue parisienne. Ensuite, en tant que lieutenant dans le 18ème arrondissement. Elle souligne que ces secteurs étaient considérés comme criminogènes, et que les stupéfiants étaient un fait quotidien. En tant que policière, elle s’est vite rendue compte que la répression était vaine et n’empêchait ni la consommation ni le trafic.

Elle souligne également que la loi actuelle sur les drogues en France est uniquement répressive et sert principalement à alimenter la politique du chiffre. Bénédicte appelle à une remise en question de cette législation et à son transfert du Code de la santé publique vers le Code pénal. Elle affirme avoir été en première ligne pour constater l’échec de cette législation. Ainsi, elle met en avant l’importance de donner la parole aux forces de l’ordre dans le débat sur la légalisation du cannabis.

Bénédicte

Le rôle des policiers dans la consommation de stupéfiants

Selon Bénédicte, en tant que policiers, leur rôle est de maintenir la sécurité et la tranquillité publique. Lorsqu’il s’agit de l’usage de stupéfiants, leur préoccupation est de s’assurer que cela ne cause pas de tort à autrui. Cependant, la santé des individus n’est pas leur préoccupation. Elle souligne que leur mission est d’appliquer la loi, même si elle est controversée. Bénédicte remet en question l’importance donnée à la consommation de drogues. Elle atteste que la loi n’a pas la même approche pour les autres comportements à risque tels que les feux oranges. Aussi, elle estime que la loi devrait se concentrer sur la sécurité publique plutôt que sur des sanctions punitives pour les consommateurs de drogues.

L’histoire et la création du collectif

Le collectif sur les stupéfiants est né de l’association de différentes histoires. Bénédicte s’intéresse depuis longtemps à la législation sur les stupéfiants. C’est un sujet qui, selon elle, soulève des questions sur les libertés individuelles, le droit pénal et la sécurité publique. Étant flic, elle avait un bon poste d’observation pour s’y intéresser davantage. Elle possède des archives sur le sujet depuis les années 90. Par ailleurs, elle a écrit plusieurs articles sur son blog personnel. Ils parlent de la dépénalisation de l’usage de drogue et pourquoi il ne fallait pas contraventionnaliser l’usage de drogue dans la répression.

En diffusant ses articles, elle s’est rendue compte qu’elle partageait des opinions similaires avec quelques autres personnes. Parmi elles, son collègue Thierry, qui est maintenant retiré. D’autres collègues, qui sont toujours en activité, partagent également ces opinions, mais ils préfèrent rester discrets pour éviter les conflits. Bénédicte et Thierry ont décidé de prendre la parole à leur place, en transmettant publiquement leur point de vue sur la question de la législation sur les stupéfiants.

Les préjugés et les critiques envers les policiers militants

Lorsque le collectif de policiers et de gendarmes militants pour la législation sur les stupéfiants a fait son apparition sur les réseaux sociaux, ils ont été confrontés à des critiques virulentes de la part d’autres membres des forces de l’ordre. Ils ont été qualifiés de gauchistes, de toxicomanes, de cocaïnomanes, entre autres. Pourtant, leur objectif est clair : promouvoir une approche policière fondée sur la réglementation plutôt que sur la prohibition. Bénédicte n’a personnellement pas eu de problèmes, mais cela illustre à quel point ce genre de positionnement peut être mal compris.

“En effet, si nous sommes pour la légalisation, cela ne signifie pas que nous sommes nécessairement des consommateurs, dit-elle. Il n’est pas question de notre propre consommation, mais plutôt de cohérence législative, de travail policier, de liberté individuelle et de santé publique. Nous militons pour les autres, pas pour nous-mêmes”.

Le manque d’information chez les policiers sur les usages de stupéfiants et la législation

Bénédicte souligne que la formation des policiers sur les stupéfiants est très limitée. Ils n’ont que peu d’informations sur les différents usages de stupéfiants et sur les législations en vigueur dans d’autres pays. Ayant constaté ce manque avec ses collègues, ils ont rédigé une lettre pour demander une formation plus approfondie sur ce sujet. Elle mentionne également un sondage en ligne qu’ils ont mené auprès des policiers et gendarmes. Ce dernier montre que les avis ne sont pas si tranchés que ça sur la question de la légalisation ou de la dépénalisation. Pour elle, le modèle de dépénalisation en vigueur au Portugal depuis 2001 est un exemple. Là-bas, les usagers de stupéfiants sont réorientés vers le secteur sociosanitaire. De l’autre côté, les activités criminelles sont davantage prises en charge.

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Le manque de connaissances sur les drogues et stupéfiants: une stratégie de l’ignorance ?

Les policiers ne peuvent pas être blâmés pour appliquer la loi, car ils suivent simplement ce qui est en vigueur. Bénédicte estime donc qu’il est urgent de changer la loi actuelle. Cependant, elle reconnaît qu’il y a différentes façons d’appliquer la loi. Le problème réside dans la politique du chiffre. En effet, les autorités leur demandent, voire fortement, de cibler les délits d’usage de stupéfiants, car une fois constatés, ils sont résolus à 100 %. Ces infractions représentent une partie importante des statistiques de criminalité, ce qui est utile pour les autorités. Le délit d’usage de stupéfiants inclut également des actes tels que le trafic, la revente et d’autres infractions mineures.

La politique du chiffre peut-elle exercer une pression sur le marché des stupéfiants ?

La pression subie par la politique du chiffre n’est pas indirecte, mais plutôt une forme d’indice d’activité policière. Lorsque la police recherche des infractions à la législation sur les stupéfiants, elle se rend souvent dans des quartiers précaires et populaires. Dans ces endroits, elle rencontre principalement des jeunes et des personnes issues de l’immigration. Cette présence dans ces quartiers est donc une forme de contrôle social. La criminalisation de l’usage de drogue est un délit, tout comme le vol. Cependant, si une plainte pour cambriolage n’a pas abouti à une arrestation, le taux d’élucidation est de 0 %. En revanche, lorsqu’un fumeur de cannabis est arrêté, le taux d’élucidation est de 100 % dès qu’il est inculpé.

Les discours sécuritaires mettent souvent l’ accent sur les infractions à la législation sur les stupéfiants. En revanche, il y a peu de variations dans les interpellations pour trafic. En effet, démanteler un trafic nécessite une véritable enquête, contrairement à l’interpellation d’usagers de drogues, qui est plus facile. Cependant, l’arrêt d’un usager de drogue ne présente pas de valeur ajoutée pour la sécurité publique. Les gens craignent davantage les agressions et l’insécurité que la possession de drogue pour un usage personnel.

Que pensez-vous des statistiques de Mathieu Zadrogzki selon lesquelles la police consacrerait environ 30 % de son temps à traquer les consommateurs de cannabis et stupéfiants, ce qui pourrait être utilisé pour d’autres tâches ?

Bénédicte a calculé les chiffres sur la base des dernières données accessibles, qui sont désormais difficiles à trouver. Si l’on exclut les délits routiers et toutes les activités qui ne sont pas des activités proactives de la police, on constate que les interpellations pour usage de stupéfiants représentent 56 % de l’activité pro-active de la police. Selon les derniers chiffres disponibles datant de 2010, le cannabis représente près de 90% de cette activité.

Le temps consacré à la répression des stupéfiants pourrait être utilisé pour des délits plus graves?

Selon Bénédicte, la simple présence de la police dans la rue peut être dissuasive et préventive en matière de prévention. Elle souligne également que les policiers sur le terrain peuvent recueillir des informations importantes sur les activités illégales, notamment la consommation de stupéfiants. Cependant, elle admet que l’utilisation des forces de police pour réprimer l’usage de drogues peut être coûteuse en termes de temps et de personnel. Elle s’appuie sur les estimations du ministre de l’Intérieur et du syndicat Alliance. Tous deux ont indiqué qu’il faut des millions d’heures pour lutter contre l’usage de drogues.

Pour Bénédicte, la solution ne réside pas nécessairement dans la légalisation du cannabis. C’est plutôt dans la dépénalisation de son usage, en sorte qu’il ne soit plus considéré comme un délit. Elle estime que la légalisation du cannabis est une question importante. Cependant, pas nécessairement pour les mêmes raisons que celles avancées par certains, qui pensent que cela soulagerait le travail de la police.

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Le but final du Collectif et son ADN: Comment engager les choses et avoir un impact réel sur la politique et les gens?

“Je suis étonnée que la plupart des associations qui défendent la légalisation ou la dépénalisation des drogues ne comprennent pas de représentants de la police”.

Elle explique que c’est pour cette raison que le collectif dont elle fait partie, le PCP, a été créé. Bénédicte pense que la participation des forces de l’ordre est essentielle pour avoir un débat plus cohérent sur la politique de lutte contre la drogue. En effet, ils sont ceux qui doivent appliquer la répression. Elle souligne également que les membres du collectif apportent une expertise unique au débat, en particulier en matière de répression. Par exemple, le collectif a examiné les notes de service de la police et de la gendarmerie sur l’application de l’amende forfaitaire délictuelle (AFD). Ces dernières sont souvent mal interprétées, même par les avocats. Elle estime que les voix de toutes les parties prenantes, y compris les forces de l’ordre, sont nécessaires pour aborder les effets pervers de la législation sur les drogues.

L’amende forfaitaire délictuelle : Une mesure pour désengorger les tribunaux, mais pourquoi est-elle critiquée ?

“Je vois l’amende forfaitaire délictuelle d’un mauvais œil. Tout d’abord, elle fait du policier une autorité de constatation, de poursuite et de jugement, le tout en 5 minutes. De plus, la mention au casier judiciaire générée par cette amende constitue une forme de répression. Cela va à l’encontre de notre vision qui prône la dépénalisation”.

Les personnes convoquées au commissariat pour une telle infraction en ressortent souvent avec un appel à la loi. Bien que l’on nous ait dit que cela économiserait du temps, nous ne pouvons pas en être certains. D’autant plus que seulement 1/3 des amendes sont payées, ce qui engendre des procédures de recouvrement. De plus, l’amende a supprimé tout le volet sanitaire de la loi. Bien qu’elle ne soit applicable qu’au cannabis et à la cocaïne, elle l’est également pour la MDMA dans les zones de gendarmerie où se déroulent les free parties.

“Comment interpréter cela sachant que certaines personnes peuvent avoir des problèmes de consommation avec ces substances? Ces personnes vont recevoir une amende comme tout le monde, sans qu’un juge ou un avocat puisse intervenir en leur faveur pour prendre en compte leur problème de dépendance”.

La dépénalisation totale des drogues et stupéfiants : arguments et justifications

Pour Bénédicte, la classification des drogues en drogues douces et dures n’est pas pertinente.  En effet, chaque drogue a ses propres usages, degrés d’addiction et impacts sur la santé. Elle souligne que des drogues légales comme l’alcool et le tabac sont très addictives. D’un autre côté, certaines drogues comme les champignons hallucinogènes et le LSD ne le sont pas du tout. De plus, certaines drogues peuvent être toxiques pour certains organes vitaux tandis que d’autres non. Mais toutes présentent des dangers pour la santé physique, psychologique et sociale. C’est pourquoi elle défend la dépénalisation totale de toutes les drogues. C’est comme au Portugal où la consommation de drogue a été transformée en infraction administrative. Les personnes sont orientées vers des commissions pour évaluer leur situation. Selon elle, il ne faut pas juger les choix des consommateurs. Il faut éduquer et accompagner pour minimiser les risques et les conséquences négatives.

L’importance de l’information et de la prévention dans la lutte contre les drogues

Bénédicte poursuit en expliquant que le trafic de drogue est difficile à combattre. Le plus dur est celui qui se fait en dehors de l’espace public, comme le trafic sur le Dark web. Cependant, elle pense qu’il est plus facile de perturber le trafic de rue et celui par livraison. Elle aborde également la question des drogues dites « dures », telles que la cocaïne, l’héroïne, les opioïdes et les amphétamines. Pour elle, il est important d’informer les gens sur les dangers de ces drogues plutôt que de tenter de les empêcher de les utiliser. Il est difficile d’empêcher les adolescents d’être curieux et de transgresser. Elle soutient que la prévention devrait être remplacée par une information facilement accessible pour ces jeunes.

L’accessibilité des jeunes à l’information pour limiter les risques

L’accessibilité est un facteur clé dans la consommation de drogues, que ce soit pour les mineurs ou les adultes. Lorsqu’on ne trouve plus son point de deal ou son livreur habituel, on cherche une autre source. Cela peut conduire à des situations plus risquées. Les jeunes, en particulier, sont très à l’aise sur internet et peuvent facilement accéder à des substances illicites. Même si la légalisation de certaines drogues peut limiter l’offre sur le marché noir, il est peu probable que cela dissuade les consommateurs. Ca l’est encore moins pour les mineurs, qui n’ont pas accès aux boutiques légales. En effet, pour eux, le marché noir résiduel existera toujours.

Cependant, la consommation de drogue est avant tout un problème de demande, pas d’offre. Le dealer propose ce qu’il a, mais il ne force personne à acheter autre chose que ce que le client recherche. Et même si la consommation de drogue reste tentante pour certains, il est crucial de fournir des informations claires et facilement accessibles sur les risques et les dangers liés à leur usage. Il est vrai que donner des conseils de consommation peut être considéré comme une violation de la loi. Cependant, il est essentiel d’offrir des conseils de sécurité, que ce soit pour le cannabis ou pour d’autres substances. Cela permet de minimiser les risques pour les consommateurs.

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Le maire de Bègles souhaite expérimenter la légalisation, une position délicate

Le maire de Bègles a proposé une expérimentation de légalisation du cannabis dans sa commune, mais cette idée n’est pas nouvelle. D’autres élus ont proposé cela avant lui, mais le problème est que les maires n’ont pas de pouvoir législatif. En France, la Constitution stipule que tout le monde est égal devant la loi. Donc, les délinquants ne peuvent pas cesser d’être délinquants dans les limites d’une municipalité. En pratique, comment peut-on empêcher la sortie de cannabis légal de la ville et l’arrivée de personnes extérieures pour en acheter ?

Pour certains, ces propositions ne font pas avancer le débat sur la légalisation. Ce sont plutôt des effets d’annonce qui ne servent à rien. Les élus devraient proposer des idées sérieuses et audibles qui peuvent être traduites en loi plutôt que de refiler la patate chaude à leurs députés. La légalisation fonctionne dans d’autres pays, tels que le Canada et certains États américains. Mais il est inutile d’expérimenter dans une ville pour décider de son applicabilité à l’ensemble de la France.

Le débat sur la légalisation du cannabis : une question de votes chez les jeunes ?

Bénédicte estime que la proposition du maire de Bègles est électoraliste et démago.

“C’est un écolo qui n’a peut-être pas encore digéré la défaite aux élections présidentielles, dit-elle. Le débat sur la légalisation du cannabis mérite mieux que ces petites initiatives et tribunes.”

Elle a parcouru le rapport du maire sur le sujet, ainsi que l’avis du Cese qui a recommandé la légalisation. Cela a suscité de nombreuses petites tribunes partout. Les addictologues sont sortis de leur boîte pour exprimer leur opinion, mais pour Bénédicte, ils sont des prohibitionnistes qui veulent que la consommation baisse jusqu’à néant. A contrario, elle veut que la légalisation permette une consommation saine et encadrée, avec des conseils appropriés. Elle souligne que les arguments des addictologues sont axés sur les risques liés à la consommation de cannabis, tels que le badtrip, le schizo et le cancer du poumon. Pour elle, cela ne justifie pas la prohibition de la substance.

Parlons de plaidoyer pour la légalisation

Bénédicte a plusieurs reproches à formuler au plaidoyer pro légalisation. Elle note tout d’abord que ce plaidoyer semble s’adresser principalement aux fumeurs. Pourtant, le plaidoyer pro dépénalisation peut toucher une audience plus large, notamment ceux qui sont attachés aux libertés individuelles. Elle mentionne aussi ceux qui sont conscients que le budget alloué à la lutte contre la drogue et les comportements addictifs ne sert pas à grand-chose. Bénédicte remarque également que le plaidoyer pro légalisation est souvent porté par des députés qui se présentent comme des experts sur le sujet. Elle s’agace particulièrement lorsque Caroline Janvier a récemment affirmé dans une interview que la légalisation est nécessaire pour protéger les adolescents abandonnés qui fument.

“D’où vient cette affirmation? De toute façon, les adolescents n’auront pas accès à la vente légale de cannabis. La légalisation ne signifiera pas la fin immédiate du marché noir”.

La partie illégale reste sur le marché malgré la baisse de la consommation de stupéfiants au marché noir et l’augmentation de la consommation au marché légal

La qualité et la diversité des produits légaux sont des éléments clés pour que la légalisation soit efficace. Les prix doivent être compétitifs par rapport à ceux du marché noir. La variété des produits proposés doit être aussi équivalente. Il est également important d’assurer une qualité irréprochable des produits. Cela permet d’éviter les risques sanitaires. Cependant, il convient d’être vigilant quant à la manière dont les ventes sont effectuées. En Uruguay, où la vente se fait en pharmacie et où un registre des usagers est tenu, certains usagers préfèrent acheter du cannabis sur le marché noir pour éviter d’être fichés. Il est donc crucial de trouver le bon équilibre entre la réglementation nécessaire pour garantir la qualité et la sécurité des produits et la protection de la vie privée des usagers.

Les prix trop élevés et les points de vente insuffisants sont également des obstacles à éviter. Dans certains endroits, les buralistes pourraient être des partenaires utiles pour la distribution des produits légaux. Cependant, il faut être pragmatique et prendre en compte les spécificités locales pour garantir le succès de la légalisation ou de la dépénalisation.

stupéfiants

Débat sur l’argument de la paix sociale pour s’opposer à la légalisation de la drogue

Selon Bénédicte, l’argument de la paix sociale est encore un argument prohibitionniste. En effet, cela revient à dire qu’il ne faut rien changer, laisser les dealers et les guetteurs en place. Cependant, elle se demande si les gens ont été préoccupés par le plan de carrière des braqueurs lorsqu’il n’y avait plus d’argent dans les banques. Pour elle, si le marché illégal de la drogue venait à disparaître, cela ne serait pas préjudiciable à la société.

La possibilité de transition des dealers vers le marché légal de vente de cannabis, qu’en pensez-vous ?

Bénédicte évoque l’exemple de New York, où les petits guetteurs sont majoritairement des mineurs. Ils sont moins vulnérables pénalement et sont envoyés en première ligne. Elle admet que certains dealers pourraient potentiellement basculer du côté légal de la vente de cannabis. Cependant, cela ne se fera pas facilement. En effet, il y a déjà des acteurs dans l’industrie du CBD et du cannabis qui sont prêts à profiter de la légalisation. Selon elle:

“Ces acteurs ont déjà de l’expérience. Il est donc trop tard pour les dealers pour faire une transition facile vers le marché légal”.

Les opportunités pour les personnes impliquées dans le marché illégal de cannabis et les licences accordées aux personnes ayant un casier judiciaire lié à la vente de drogue dans d’autres pays

“Bien que l’idée de reconversion des anciens dealers dans le marché légal du cannabis soit une excellente opportunité, cela se produira en France”.

Bénédicte souligne que la France est différente de New York. Elle ne voit pas comment cela pourrait se passer ici. Cependant, elle ne s’oppose pas à cette idée. Elle reconnaît même que de nombreux dealers ont des compétences en marketing. Ils pourraient être d’excellents entrepreneurs sur le marché légal. Néanmoins, elle constate que le marché du CBD est déjà saturé en France. Les gens qui sont en place ne sont pas nécessairement des anciens dealers. Elle ajoute qu’une réglementation stricte doit être mise en place. Cela pour éviter que des personnes mal intentionnées ne profitent de la légalisation du cannabis.

Quand et comment pensez-vous que le système policier va changer?

La légalisation du cannabis en France n’est pas une solution miracle qui mettra fin au trafic illégal. Elle ne garantit pas que les recettes générées seront affectées à la prévention. Les militants qui se concentrent sur les avantages économiques ou les emplois que la légalisation peut créer devraient plutôt se concentrer sur les arguments qui justifient la liberté individuelle et le droit de chacun à faire ce qu’il veut tant qu’il ne nuit à personne.

La légalisation est une mesure de santé publique indispensable. En revanche, la dépénalisation est la seule mesure qui peut réduire la charge de travail de la police.

Les députés ont fait des propositions de loi très générales sans aborder certains aspects pratiques de la légalisation. Par exemple,  la répression des achats sur le marché illégal, qui continuera d’être punie. Les arguments avancés doivent être clairs et ne pas se baser sur des approximations ou des fausses idées. La réalité doit être présentée aux gens de manière honnête et transparente.

Le marché illégal peut être divisé en plusieurs parties selon les statistiques. Ce qui laisse une marge de temps considérable pour se concentrer sur d’autres tâches indirectes malgré l’attention portée aux 20% ou 15% restants.

Bénédicte explique que la police travaille sur un pourcentage du marché illégal lorsqu’elle interroge des dealers et des usagers. Elle souligne que leur travail consiste à chercher des choses, même s’ils ne trouvent rien du tout.

“La répression est une politique discriminatoire qui fonctionne sur le contrôle au faciès. Même si la légalisation peut réduire le nombre de dealers dans les rues, l’activité policière ne changera pas”. Bénédicte connaît bien le fonctionnement de la police. Selon elle, le jour où l’usage de cannabis n’est plus considéré comme un délit, l’activité policière sera moins intéressante. Enfin, la police n’est pas motivée pour s’occuper de la vraie criminalité ou du trafic. En revanche, elle cède à la pression lorsqu’il en va de leur avancement ou de leur mutation.

Vers une approche mixte : Dépénalisation et légalisation

La légalisation est inévitable étant donné que le cannabis est un marché énorme et un produit de consommation courante. Bénédicte compare la situation actuelle avec la prohibition de l’alcool aux États-Unis dans les années 20 et 30. L’alcool est resté un produit de consommation courante malgré son interdiction. Cela a donné lieu à l’apparition d’une mafia phénoménale.

“La légalisation permettrait à l’État de s’emparer de ce marché énorme et de le réguler, en s’occupant de produire, distribuer, vendre et contrôler le cannabis”.

Elle critique les arguments selon lesquels la légalisation serait immorale ou lâche:

“La véritable lâcheté serait de laisser faire. La responsabilité de l’État est de s’emparer de ce marché et de le réguler”.
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La position des policiers sur la légalisation et la dépénalisation du cannabis

D’après un petit sondage, il n’y a pas de position tranchée chez les policiers en ce qui concerne la légalisation et la dépénalisation. Certains policiers se fichent un peu de la question et appliquent simplement la loi en vigueur. La légalisation et la dépénalisation ne sont pas incompatibles. Il est important de recueillir l’avis du public sur ces questions. Cependant, de nombreuses personnes qui s’expriment sur la légalisation ne sont pas directement concernées. Par exemple, lorsqu’on demande aux gens leur avis sur le cannabis thérapeutique, certains sont pour et d’autres contre.

“C’est absurde de faire un sondage sur cette question car c’est le médecin qui prescrit le traitement en fonction des besoins du patient. L’opinion des voisins ou de la population en général n’a pas vraiment d’importance”.

Des sujets non abordés dans la discussion sur la légalisation et la dépénalisation du cannabis?

Bénédicte exprime son chagrin concernant les arguments des pro légalisation. Selon elle, ils ne mettent pas assez en avant le droit d’exercer une liberté. En tant que policiers, ils privent les gens de leurs libertés, même si ce n’est que temporaire lors d’une rétention de 4 heures. Elle plaide pour que les consommateurs assument leur choix d’être des adultes responsables et équilibrés qui veulent simplement profiter de leur liberté de consommer. Leur principal souci est que l’usage de drogue ne cause pas de tort à autrui, ce qui est dans leur domaine de compétence. Par exemple, l’odeur de fumée de cannabis qui se répand chez le voisin peut conduire à une enquête de flagrant délit. Pourtant,un groupe de personnes qui boivent ne subira pas les mêmes conséquences. L’application de ces lois est insupportable pour eux.

La liberté individuelle et le respect de l’autre : l’argument clé en faveur de la dépénalisation du cannabis

Bénédicte représente le PCP et parle de la liberté comme base de la revendication pour l’usage de drogues. Avec son passé de flic,  elle est contre la conduite sous l’influence de drogues ou d’alcool.

“J’ai vu trop de personnes en pièces détachées à cause de cela”.

Selon elle, le PCP milite pour remplacer les tests salivaires par des tests comportementaux plus justes pour les consommateurs de cannabis. Le test salivaire peut détecter le THC, l’héroïne, les amphétamines, etc. de manière inexacte. Les tests comportementaux sont une meilleure alternative. Ils permettent d’évaluer les capacités de conduite plutôt que de simplement détecter la présence de drogues dans le corps. Il faut parler de ces sujets et trouver des solutions pour garantir à la fois la sécurité routière et les libertés individuelles.

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Sous la limite : 1 nanogramme, un seuil trop bas qui peut conduire à une positivité même en fumant du CBD

Les choses ne sont pas aussi simples qu’on le croit en ce qui concerne les tests de dépistage de drogue. Même en fumant du CBD, on peut être positif au test, ce qui est une aberration. En fait, le THC s’accumule durablement dans le corps et peut entraîner un résultat positif. Et ce même si la personne n’a pas consommé de drogue récemment.

“En tant que représentants du PCP, notre rôle en matière de sécurité est de garantir que les conducteurs sont aptes à conduire, qu’ils aient consommé de la drogue ou non. Nous proposons l’utilisation de tests comportementaux, qui permettent de détecter les personnes qui ne sont pas en mesure de conduire en raison de médicaments ou d’autres substances”.

Selon Bénédicte, cette approche devrait intéresser les associations de sécurité routière. Elle ne vise pas à inventer de nouvelles formes de répression, mais plutôt à garantir la sécurité de tous sur la route. Par conséquent, si quelqu’un a pris un médicament qui le rend incapable de conduire en toute sécurité, il devrait simplement immobiliser sa voiture et la récupérer plus tard avec l’aide d’une autre personne.

Le mot de la fin

“Le message que je veux faire passer, c’est qu’il faut arrêter de culpabiliser les consommateurs de drogue, qu’il s’agisse de cannabis ou d’autres substances. Nous ne sommes pas tous des addictologues ou des usagers, mais nous pouvons parler des choses de manière honnête et pragmatique. Cela implique de cesser de répéter des arguments tronqués sur la responsabilité des adultes et d’arrêter de diaboliser la consommation de drogues. Nous devons sortir de cette stigmatisation pour pouvoir aborder le sujet de manière ouverte et constructive. En France, faire son coming out en tant que consommateur de drogue peut être compliqué, mais il est important de faire passer un message de bon sens. Nous devons cesser de prétendre que la répression va assécher le trafic et protéger les jeunes, car cela ne fonctionne pas. Au lieu de cela, nous devons travailler ensemble pour trouver des solutions efficaces. Lors d’événements tels que la Cannaparade, il est important que nous soyons présents pour faire notre part et aider à promouvoir une approche plus positive et constructive de la question des drogues”.

Pour finir, l’intérêt de ce podcast réside dans la mise en avant de personnalités comme Bénédicte, qui ont une vision nouvelle et différente sur la consommation de cannabis et du CBD. En donnant la parole à ces acteurs du cannabis légal, nous pouvons tous nous construire une opinion éclairée sur la question. Nous sommes impatients de vous retrouver la semaine prochaine avec un autre invité passionnant pour poursuivre cette discussion sur le cannabis légal et le CBD.

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