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Zoë Dubus — L’histoire du cannabis 

Bienvenue sur Parlons Canna. Dans cet épisode, nous sommes accompagnés de Zoë Dubus, historienne spécialisée dans le domaine de la médecine. Dans un premier temps, place à une vision d’ensemble sur l’histoire des psychotropes, suivie d’une plongée dans l’histoire du cannabis, depuis des époques reculées jusqu’à nos jours. En se joignant à nous depuis le Canada, Zoë offre également l’opportunité de comprendre son contexte actuel. Avant d’explorer l’histoire des psychotropes, elle nous donnera un aperçu de ses activités actuelles. Nous sommes impatients de découvrir les connaissances que Zoé est prête à partager. Allons-y !

Exploration des racines historiques des psychotropes

Nous entamons notre plongée dans l’univers fascinant des psychotropes avec Zoë Dubus, historienne de la médecine. Spécialisée dans l’histoire contemporaine, de XIXᵉ siècle jusqu’à nos jours, Zoë se démarque en se focalisant sur l’évolution de la médecine, notamment dans le domaine des psychotropes.

Un regard nouveau sur l’histoire des psychotropes

Loin des approches conventionnelles centrées sur les aspects négatifs des substances psychotropes, Zoë Dubus adopte une perspective innovante. Elle s’inscrit dans la première génération d’historiens et historiennes qui cherchent à dépasser les stigmates liés à l’addiction, aux trafics et aux drogues. Sa démarche vise à explorer les autres facettes de l’usage de ces produits.

Vers une nouvelle focale historiographique

Au lieu de se concentrer sur les consommations problématiques, Zoë Dubus se penche sur les aspects positifs des psychotropes. Elle souligne le constat de l’ONU selon lequel 90 à 95 % des consommateurs de psychotropes ne rencontrent pas de problèmes liés à leur consommation. Cela remet en question la pertinence de l’approche traditionnelle qui se focalise sur les aspects négatifs de ces substances.

Quand les stupéfiants étaient des médicaments

L’exploration historique de Zoë révèle une dimension méconnue : de nombreuses substances psychotropes aujourd’hui classées comme stupéfiants étaient à l’origine des médicaments. Cette inversion de perspective défie les représentations contemporaines de ces substances, soulignant leur potentiel thérapeutique initial. Zoë s’attache à comprendre comment ces substances positives ont évolué pour être perçues de manière négative de nos jours.

La définition des psychotropes par Zoë Dubus

D’après ses explications, un psychotrope est une substance capable de modifier l’état de conscience, le comportement et la manière de penser. Cette définition englobe une grande variété de substances, allant du café au tabac, de l’alcool aux stupéfiants, tels que le cannabis, le LSD, l’héroïne, le crack, la cocaïne, et bien d’autres.

La classification des substances psychotropes

Ensuite, Zoë souligne une classification fondée sur le statut légal de ces substances. Certains psychotropes, tels que le café, l’alcool et le tabac, sont légalement accessibles. D’autres, comme les anxiolytiques et les antidépresseurs, sont prescrits à des fins médicales. Cependant, une catégorie spécifique reste strictement interdite à la consommation : les stupéfiants. Cette diversité de substances forme une mosaïque complexe d’influences psychotropes sur les individus et la société.

La polyvalence des usages des psychotropes

L’usage des psychotropes, selon Zoë Dubus, s’inscrit dans la normalité des comportements humains. Présent dans toutes les sociétés, il revêt diverses formes, adaptées aux ressources locales. Ces substances sont exploitées à des fins festives, expérimentales, religieuses, spirituelles, magiques, thérapeutiques, mais aussi pour des objectifs productivistes. cannabis et religion

Psychotropes et productivité

Certaines substances psychotropes sont associées à une augmentation de la productivité. Elles permettent une meilleure attention, une exécution plus rapide et efficace des tâches. Ce lien entre psychotropes et capitalisme sera approfondi, notamment dans le contexte de l’histoire du cannabis.

Usages malveillants et complexité des expériences

Parmi les usages, Zoë souligne les applications malveillantes, telles que l’utilisation de psychotropes en temps de guerre pour perturber les ennemis, ou à des fins coercitives, comme le droguage dans un contexte sexuel. Ces diverses utilisations coexistent sans être exclusives, chaque individu pouvant expérimenter différents effets en consommant une substance psychotrope.

Changer la perception des substances psychotropes

Zoë insiste sur la nécessité de déplacer la focale des problèmes de santé vers une vision plus vaste. Cela englobe la majorité des utilisateurs qui manquent souvent d’informations fiables en raison de la stigmatisation sociale et de l’illégalité de certaines substances. Elle plaide pour une éducation basée sur la science plutôt que sur les préjugés sociaux.

Les premiers usages des psychotropes

L’exploration des premiers usages des psychotropes se révèle ardue, souligne Zoë Dubus, en raison du manque de traces écrites en archéologie et de la nature périssable des produits issus des plantes. Les usages divers, qu’ils soient religieux, festifs, thérapeutiques, malveillants ou productivistes, semblent avoir toujours coexisté.

Coexistence ancienne des usages des psychotropes

Les plantes psychotropes, parmi les premières à être domestiquées par les humains, incluent principalement le pavot à opium, le cannabis et la coca. De même, l’alcool a joué un rôle significatif dans l’histoire humaine. Des découvertes récentes, telles que les traces les plus anciennes de bière retrouvées dans la zone du Croissant fertile vers la Russie en 2018, révèlent que la production de céréales pour la fabrication de la bière remonte aussi loin que l’agriculture permettant la confection du pain.

Des traces anciennes malgré les défis de conservation

Les défis de conservation rendent difficile la collecte d’informations sur ces premiers usages. Cependant, Zoë souligne que les différentes formes d’utilisation des psychotropes, avec toutes leurs nuances, coexistent depuis les débuts de leur interaction avec les sociétés humaines. La compréhension de cette coexistence ancienne nous éclaire sur la diversité des usages des psychotropes à travers l’histoire.

Les premières traces du cannabis : Une exploration dans la préhistoire

Zoë Dubus nous emmène dans les débuts de l’histoire du cannabis, débutant notre plongée à la préhistoire. Avant tout, elle clarifie la terminologie en soulignant que botaniquement, le chanvre et le cannabis font référence à la même plante. Le chanvre représente une sous-catégorie de plantes de cannabis à faible teneur en THC, poussant généralement dans des régions froides et humides. Ainsi, lorsqu’elle utilise le terme cannabis, il englobe également le chanvre.

Les défis des preuves archéologiques sur la consommation rituelle

Les preuves archéologiques de la consommation rituelle du cannabis, pour ses propriétés psychotropes plutôt que pour l’alimentation ou d’autres usages, sont rares et controversées. La recherche sur le cannabis est limitée en raison de son statut controversé dans de nombreux pays, rendant difficile l’obtention de données fiables. Zoë souligne la perception par certains universitaires de l’histoire du cannabis comme un domaine peu légitime, limitant ainsi les recherches.

Les premières traces du cannabis en Chine

Les traces les plus anciennes d’utilisation humaine du cannabis sont systématiquement découvertes en Chine. Une étude publiée dans la revue scientifique Science révèle que du cannabis était brûlé lors de cérémonies mortuaires dans un cimetière en Chine il y a au moins 2500 ans. L’étude indique que le cannabis retrouvé produisait des niveaux élevés de composés psychoactifs, suggérant que les populations sélectionnaient déjà et cultivaient des plantes à effets psychotropes.

Popularisation de la pratique rituels au fil du temps

Cette pratique, explique Zoë, s’est progressivement démocratisée, passant de l’élite aux gens du peuple. Les rituels incluaient des individus de statuts sociaux variés, indiquant une popularisation croissante au fil du temps. Des descriptions historiques, telles que celle d’Hérodote au Vᵉ siècle avant Jésus-Christ, décrivent comment les populations inhalaient du cannabis dans des tentes, un récit confirmé par des découvertes archéologiques ultérieures. 17 - CBD Info CBD wiki | Tout ce que vous devez savoir sur le cannabidiol

Du Néolithique à l’Antiquité : Des usages évolués

Des graines et des fibres de cannabis, moins riches en THC, étaient utilisées depuis longtemps à des fins alimentaires et textiles. La plante était déjà considérée comme cultivée dès le néolithique en Chine, au cinquième millénaire avant notre ère. Avec le début de l’écriture dans l’Antiquité, des traces plus précises des usages du cannabis émergent, permettant une compréhension approfondie de son rôle dans les sociétés anciennes. Avant cette période, les restes archéologiques laissent place à des hypothèses sur la manière dont ces substances étaient utilisées.

Maîtrise ancienne des effets du cannabis

Zoë Dubus souligne la longévité de la maîtrise des effets du cannabis par les sociétés anciennes. Cependant, en l’absence de textes, les détails précis de ces usages restent inconnus. Hérodote, dans ses récits au Vᵉ siècle avant Jésus-Christ, évoque un usage rituel et religieux du cannabis, mais les informations restent limitées. Cependant, des traités de médecine de l’Antiquité, tels que ceux de Pline, Dioscoride, et Galien, fournissent des informations sur les usages thérapeutiques du cannabis, notamment en tant que régulateur gastrique, antidouleur, ou soulageant les brûlures.

Cannabis dans les traités de médecine de l’Antiquité

Des auteurs de renom de l’Antiquité présentent le cannabis comme un ingrédient médical essentiel. Il entre dans la composition de recettes de cuisine, comme des gâteaux au miel, indiquant son usage médical. Cependant, l’absence de travaux historiques approfondis sur le sujet laisse des lacunes dans notre compréhension de la fréquence réelle de son utilisation médicinale à cette époque.

Récits de voyageurs sur les usages psychotropes

Les récits détaillés sur les effets psychotropes, provenant de plantes non nommées induisant des visions et des rires, semblent plutôt provenir de voyageurs décrivant des usages orientaux, et non de la Grèce ou de Rome antiques. Les auteurs antiques préfèrent décrire les ivresses liées au vin ou à l’opium, suggérant que le cannabis n’était peut-être pas consommé fréquemment, du moins pas en tant que variété riche en THC.

L’Interdiction chrétienne des psychotropes

L’arrivée de l’Église chrétienne au début du Moyen Âge marque une rupture dans le monde occidental envers les psychotropes. L’Église interdit l’usage de tous les psychotropes, sauf l’alcool, qui est incorporé dans le culte chrétien en raison de l’insécurité de l’eau pure à l’époque. Cependant, l’ivresse reste condamnée. Cette interdiction pèse sur le cannabis, conduisant à la destruction ou à la perte progressive des traités médicaux qui le mentionnent, ainsi qu’à l’arrêt de son importation en Occident.

Motivation de l’interdiction chrétienne

L’Église chrétienne interdit les psychotropes en raison de sa croyance en la perfection divine de la création humaine. Modifier l’état de conscience est considéré comme diabolique, malsain et un moyen d’entrer en contact avec des esprits mauvais. Bien que le cannabis se répande largement en Orient à partir du Xᵉ siècle, il reste largement ignoré en Occident jusqu’au XIXᵉ siècle, en raison de l’absence d’écrits et de l’interdiction chrétienne persistante.

Commerce et transferts des substances psychotropes : Une histoire organisée

Selon Zoë Dubus, tous les psychotropes sont utilisés dans diverses indications, que ce soit à des fins médicales ou d’autres usages, et qu’un commerce organisé les diffuse dans différentes régions. Ce constat s’applique également au cannabis, dont les graines ont probablement été introduites en Égypte depuis l’extérieur, notamment du Maghreb. Le commerce joue un rôle essentiel dans la diffusion de ces substances dans les régions où elles ne se développent pas naturellement.

Le commerce organisé des psychotropes

Le commerce des psychotropes est caractérisé par une organisation significative. Il permet d’acheminer ces produits vers des régions éloignées de leur lieu de croissance initial. La coca, par exemple, pousse dans les Andes, à des altitudes élevées inaccessibles aux habitants locaux. Malgré cela, elle est transportée sur de longues distances, atteignant même l’Europe au Moyen Âge. Ce phénomène de transfert de substances psychotropes est récurrent dans l’histoire, mettant en évidence l’importance du commerce dans la diffusion et l’utilisation de ces substances à travers le monde.

Chanvre en France à l’époque moderne : Une culture essentielle

Au passage de l’histoire médiévale à l’époque moderne, le chanvre devient une culture cruciale en France, jouant un rôle majeur dans la société de l’époque. Zoë Dubus souligne la distinction qu’elle va faire dorénavant entre le cannabis, en désignant la plante à fort taux de THC, et le chanvre, faisant référence à la variété cultivée en France, notamment à partir de la fin du Moyen Âge.

Le chanvre : Pilier de l’économie et de la société

Cultivé abondamment, le chanvre offre des fibres robustes utilisées pour la fabrication de textiles, de cordages, de voiles pour les navires, et même de papier résistant. Une étude sur les inventaires de décès à Dijon à la fin du Moyen Âge révèle l’importance du chanvre dans la confection des vêtements de l’époque. Cette plante devient indispensable à tous les niveaux de la société, tant pour ses fibres que pour ses graines, utilisées à la fois dans l’alimentation humaine et animale.

Ancre culturelle et toponymie

L’ancrage du chanvre dans la culture française est également perceptible à travers la toponymie, avec des noms de villes telles que la Canebière à Marseille ou Chennevières. La culture du chanvre est considérée comme remontant à l’âge de fer, mais les recherches sur le sujet restent limitées, et de futures découvertes pourraient apporter des précisions. Chenevières

Usages thérapeutiques incertains

Concernant les éventuels usages thérapeutiques du chanvre à cette époque, Zoë Dubus met en garde contre les articles en ligne qui manquent souvent de rigueur historique. Les prétendus usages médicinaux, tels que le soulagement des douleurs menstruelles, manquent de sources fiables et doivent nécessairement une approche plus critique pour être validés.

Usages médicinaux incertains : Renaissance à l’époque moderne

À la Renaissance et durant l’époque moderne, quelques traités de médecine évoquent le Cannabis sativa, suggérant ses possibles vertus médicinales. Selon ces documents, en décoction, la plante pourrait soulager les inflammations, dissoudre les tumeurs et atténuer les douleurs articulaires. Cependant, Zoë Dubus souligne l’absence de travaux historiques approfondis sur ces mentions, laissant ainsi des incertitudes quant à l’utilisation réelle de la plante à des fins médicales à cette époque. Au XVIIᵉ siècle, dans l’Encyclopédie de Diderot, qui ambitionne de rassembler tous les savoirs disponibles, la partie consacrée au chanvre mentionne son usage médical en indiquant : « En médecine, on emploie rarement cette plante. » Cette rareté d’informations soulève des questions sur la fréquence et la nature des utilisations médicinales du chanvre à cette époque. Bien que l’Encyclopédie fasse référence au chanvre, aucun mot n’est consacré au cannabis, souligne le manque de connaissances approfondies sur son utilisation à cette période.

Essor du chanvre en France grâce à la colonisation

La culture du chanvre en France prend un nouvel élan avec la colonisation, en réponse à la demande croissante de cordages et de voiles pour les expéditions maritimes. Le chanvre devient essentiel dans la construction navale, classé en troisième position des dépenses, après le bois et l’artillerie. Cet essor est soutenu par Louis XIV, conscient de l’importance du chanvre pour la réputation internationale de la France.

Dépendance envers la Russie malgré la production locale

Malgré l’expansion continue de la production de chanvre en France, le pays demeure tributaire de la Russie, principal producteur mondial. Les importations de chanvre russe passent d’un million de kilos au début du XVIIIᵉ siècle à 21 millions à la fin du siècle. Cette dépendance souligne l’ampleur de la consommation de chanvre dans le contexte de la colonisation.

Redécouverte du cannabis en Égypte au XVIIIᵉ siècle

Parallèlement, la colonisation conduit à la redécouverte du cannabis par les Occidentaux. Lors de l’invasion de l’Égypte par Napoléon en 1798, les Français, y compris les soldats, les scientifiques et les médecins, rencontrèrent cette plante aux propriétés psychotropes. Contrairement à une croyance répandue, Napoléon n’a pas interdit la consommation de cannabis en Égypte, mais cette décision a été prise par le général Jacques François Abdallah Menou en 1800.

Interdiction du cannabis en Égypte : Raisons et contexte

L’interdiction de la consommation de cannabis en Égypte n’est pas motivée par des préoccupations sanitaires, mais plutôt par des considérations liées au siècle des Lumières et à l’émergence du capitalisme. Les autorités françaises cherchent à promouvoir un mode de vie productif et capitaliste, interdisant le cannabis consommé sous forme de confiture (dawamesk) pour maintenir l’efficacité de l’armée. Cette interdiction vise également à imposer les normes capitalistes aux travailleurs égyptiens et à gagner la faveur des élites sunnites locales.

Introduction du cannabis en Europe : « Colonisation des savoirs »

La découverte du cannabis par les Européens en Égypte marque le début de son introduction en Europe, principalement en France. Ce phénomène, qualifié de « colonisation des savoirs », implique l’appropriation ou la destruction des substances médicamenteuses locales par les puissances coloniales. L’historien Samir Boumediene a étudié ce phénomène, en mettant en lumière ses aspects en Amérique du Sud.

Colonisation des médecins et conquête de substances médicamenteuses

Depuis le XVIᵉ siècle et le début de la colonisation, les médecins européens estiment que les médicaments disponibles en Europe sont insuffisants. Ils participent ainsi aux expéditions pour observer les pratiques médicales ailleurs et rapporter des substances. Certains produits, comme le tabac ou le cacao, s’adaptent à la médecine occidentale, tandis que d’autres, tels que les champignons hallucinogènes, sont incompatibles, entraînant parfois des destructions par les conquistadors.

Mythe de l’origine étymologique d’assassin et cannabis

Au début du XIXᵉ siècle, le mythe de l’origine étymologique du mot « assassin » émerge. Selon Sylvestre de Sacy en 1809, le terme dériverait de « haschischin », signifiant mangeur de haschisch. L’histoire implique un chef de secte persane droguant ses disciples au cannabis pour en faire des tueurs. Cependant, cette étymologie est erronée, bien que persistante dans l’imaginaire collectif français. L’histoire des assassins utilisant le cannabis semble plausible, mais le lien étymologique avec « assassin » est infondé.

Réactualisation des mythes sur la violence et le cannabis

L’idée que le cannabis puisse rendre violent devient une préoccupation scientifique au XIXᵉ siècle, influençant négativement les représentations de la plante. Ce mythe sera par la suite réutilisé avec d’autres substances psychotropes pour les diaboliser. Des mythes similaires entoureront la morphine, la cocaïne, le LSD, les amphétamines, et les nouvelles drogues de synthèse, suivant un schéma de diabolisation adaptable à différentes substances au fil des époques. LSD

Usage médical du cannabis au XIXᵉ Siècle

Expérience psychiatrique

Dans les années 1840, le médecin Moreau de Tours devient une figure prééminente dans la recherche sur le cannabis en France. Il administre la substance, souvent consommée sous forme de confiture à l’époque, à des patients psychiatriques dans l’espoir de les guérir. Sa démarche s’inscrit dans une conception de la maladie mentale qui suppose qu’en induisant des modifications mentales chez les patients, on pourrait les amener à comprendre la nature de leur délire et à y renoncer.

Usage thérapeutique et formation médicale

Moreau de Tours utilise également le cannabis à des fins thérapeutiques et de formation pour son personnel médical. Les médecins et infirmiers de son hôpital consomment régulièrement du cannabis pour expérimenter des altérations de la perception, simulant ainsi les expériences des personnes atteintes de psychose. Cette approche vise à accroître l’empathie envers les patients, une méthode qui persiste jusqu’aux années 1950 et 1960, lorsque d’autres substances psychotropes, comme le LSD, seront employées à des fins similaires.

Le Club des Haschischins

Moreau de Tours organise des réunions festives appelées le « Club des Haschischins », invitant divers scientifiques, médecins, intellectuels et artistes à expérimenter le cannabis. Ces soirées, bien que festives, sont également conçues pour diversifier les perspectives d’analyse des effets de la substance.

Témoignages artistiques

Le Club des Haschischins devient un lieu où des personnalités telles que Baudelaire et Théophile Gautier témoignent de leurs expériences avec le cannabis. Ainsi, au XIXᵉ siècle, de nombreux médecins explorent activement les effets du cannabis, souvent s’engagent personnellement dans ces expériences. club des haschischins

Expériences du docteur Félix Roubaud

Recherche aphrodisiaque et orientalisme

Parmi les médecins auto-expérimentateurs, le docteur Félix Roubaud se distingue par son désir d’évaluer les propriétés aphrodisiaques du cannabis. Au XIXᵉ siècle, l’orientalisme, un mouvement artistique influencé par la colonisation du Maghreb, intègre l’érotisme dans ses expressions artistiques. Fascinés par les récits de voyageurs décrivant le cannabis comme un puissant aphrodisiaque en Orient, les Occidentaux, eux-mêmes puritains à cette époque, cherchent à explorer scientifiquement ces propriétés.

Le docteur Félix Roubaud et la France Médicale

Félix Roubaud, fondateur de la revue « La France médicale et pharmaceutique », prend l’initiative d’étudier scientifiquement les effets aphrodisiaques du cannabis. Sa motivation repose sur l’idée que si le cannabis stimule la libido, il pourrait contribuer à résoudre les tensions liées à la baisse de la natalité en France. Dans une déclaration, il affirme : 

« Je proteste contre toute pensée malhonnête que l’on voudrait me prêter. Je fais de la science et la science est comme l’art chaste et pudique dans sa nudité. »

Une expérience Intime de 1872

Pour évaluer ces propriétés aphrodisiaques, Roubaud décide de consommer du cannabis en compagnie d’une prostituée en 1872. Il détaille cette expérience dans un article scientifique publié dans la presse médicale, visant à informer ses pairs de ses recherches. Cependant, l’expérience prend une tournure inattendue.

Les difficultés rencontrées

Lors de l’expérience, Roubaud éprouve des difficultés physiques, notamment une incapacité à obtenir une érection. Il partage dans son article : 

« Je m’exerçais à tourner mon esprit vers des idées lascives. L’imagination ne répond point à ma volonté. J’eus alors recours aux baisers, aux attouchements, en un mot aux excitants physiques sollicités tour à tour par les visions toutes idéales du haschich et par la volonté de fer dont j’étais animé. » 

Malgré ses multiples tentatives, Roubaud est confronté à un obstacle insurmontable, attribué à la flaccidité de l’organe copulateur.

Liberté des médecins et expériences personnelles

La liberté ne bénéficiait pas aux médecins du XIXᵉ siècle pour mener des expériences personnelles fascinées, contrastant avec les protocoles cliniques rigides d’aujourd’hui. Félix Roubaud, médecin et fondateur de « La France médicale et pharmaceutique », entreprend une série d’expériences pour évaluer les propriétés aphrodisiaques du cannabis. Bien que les récits de ses tentatives s’apparentent à un « bad trip », avec des échecs successifs et des réveils après des rêves intensément vécus, ces expérimentations étaient considérées comme légitimes à l’époque.

Échec et tentatives répétées

Roubaud, malgré ses efforts, n’obtient pas les résultats escomptés. Après trois tentatives, il conclut que le cannabis a un effet aphrodisiaque uniquement sur le plan intellectuel, sans impact significatif sur les sexuelles. Les écrits de l’époque concernent également les perceptions divergentes des médecins sur les effets du cannabis, certaines mentionnant des éjaculations inattendues comme un effet secondaire mineur.

Publications médicales sur le cannabis

Le XIXᵉ siècle voit la diffusion de publications médicales sur le cannabis, destinées à informer le grand public. En 1881, un pharmacien publie « L’art de faire varier les effets du haschisch », initialement dans la revue médicale « L’Encéphale ». Cet article, réédité dans la presse populaire, propose des conseils sur la manière de moduler l’expérience cannabis en fonction des objectifs recherchés, rappelant les principes modernes de la réduction des risques.

Approche de réduction des risques

Des figures notables comme François Dolbeau, pharmacien du XIXᵉ siècle, contribuent à l’émergence d’une approche précoce de la réduction des risques liés à la consommation de cannabis. Dolbeau conseille, en 1848, que la prise de haschisch par plaisir devrait se faire à jeun. Ces conseils, largement diffusés dans la presse, témoignent d’une attitude différente envers les psychotropes à cette époque.

Valorisation des expériences personnelles

Les auto-expérimentations des médecins étaient non seulement acceptées mais valorisées au XIXᵉ siècle. Ceux qui n’avaient pas eux-mêmes expérimenté les psychotropes étaient décrédibilisés au sein de la communauté scientifique. En 1847, un médecin critique un confrère qui n’a pas personnellement expérimenté le haschisch, remarquable qu’il s’est laissé imposer par des formes variées d’hallucination. Cette approche unique des médecins du XIXᵉ siècle témoigne d’une époque où l’expérimentation personnelle était considérée comme une expertise nécessaire dans l’étude des psychotropes.

Expérimentation médicale et tabou des psychotropes

Origines de l’expérimentation médicale

L’expérimentation médicale par les médecins remonte aux débuts de la médecine moderne, motivée par des considérations pratiques. Deux raisons principales justifient cette pratique. D’abord, il est crucial que les médicaments aient un goût acceptable pour garantir leur consommation par les patients. Deuxièmement, les médecins, étant souvent les préparateurs des médicaments à l’époque, devaient s’assurer que les préparations ne présentaient aucun danger, voire n’étaient pas mortelles.

Ineffabilité de l’expérience psychotrope

L’idée que l’expérience des psychotropes est « ineffable », énoncée par Moreau de Tours, devient une norme. Les médecins, surtout ceux se proclamant experts, sont attendus d’avoir une expérience personnelle des substances qu’ils étudient. Cette attente persiste à travers les différentes évolutions des psychotropes, y compris le LSD jusqu’aux années 1960. 9 - CBD Info CBD wiki | Tout ce que vous devez savoir sur le cannabidiol

Rupture et tabou des années 1960

Dans les années 1960, une rupture se produit. La stigmatisation médiatique du LSD contribue à transformer l’expérience personnelle des psychotropes en comportement péjoratif dans le milieu scientifique. Ainsi, l’idée d’un médecin ou d’un scientifique ayant expérimenté des psychotropes devient taboue. Ce changement impacte la façon dont les scientifiques abordent et documentent leurs recherches, créant une lacune dans l’évaluation de l’impact personnel sur les résultats de recherche.

Tension actuelle et renaissance psychédélique

La question de savoir si les scientifiques et médecins doivent avoir une expérience personnelle des psychotropes pour comprendre pleinement leurs effets persistent aujourd’hui. Avec la renaissance psychédélique, de plus en plus de scientifiques soulignent l’importance d’évaluer comment l’expérience personnelle impacte la recherche sur des substances comme le LSD. Malgré cela, le tabou entourant l’expérimentation personnelle des psychotropes subsiste, constituant un défi dans la compréhension complète des résultats de recherche.

Statut légal et réglementation

Au XIXᵉ siècle, le cannabis n’est pas soumis à des interdictions en France. La seule trace de régulation notable est une diffusion circulaire dans l’armée égyptienne en 1800, spécifiquement pour les troupes présentes en Égypte à l’époque. En France, la consommation de cannabis n’est pas régulée pendant cette période.

Usage médical sans distinction

Au XIXᵉ siècle, la distinction moderne entre usage médical et récréatif n’existe pas encore. Les substances procurant une sensation de bien-être, de détente ou provoquant le rire sont déjà considérées comme thérapeutiques. Le cannabis est recommandé dans diverses indications médicales de l’époque, avec des utilisations allant de la gestion de la douleur à des applications spécifiques comme le soulagement des symptômes du choléra, l’épilepsie, le tétanos, le typhus, les migraines, les menstruations. douloureuses, et l’asthme.

Usage dans l’asthme et tarification

Le cannabis est souvent utilisé comme sédatif, particulièrement dans le traitement de l’asthme, souvent sous forme de cigarettes. Des marques telles que Grimault commercialisent des cigarettes anti-asthmatiques au cannabis. Bien que ces cigarettes coûtent plus cher que les alternatives sans cannabis, leur prix plus élevé est justifié en tant que médicament. L’action psychotrope du cannabis lorsqu’il est utilisé médicalement n’est pas perçue comme problématique. Les médecins de l’époque gèrent les doses pour minimiser les effets psychotropes, soulignant cela comme une question de dosage plutôt que comme une limitation inhérente à l’utilisation médicinale du cannabis.

Expertise médicale et gestion des effets

L’expertise médicale est considérée comme cruciale dans la gestion de l’action psychotrope du cannabis. Les médecins sont perçus comme capables de modérer ou de diminuer l’emploi du cannabis si des effets indésirables, tels que des vertiges, se manifestent. Ainsi, l’utilisation du cannabis à des fins médicales est encadrée par la compréhension et la gestion expertes de ses effets.

Usage populaire et médical du cannabis au XIXe Siècle

Usage général et pratiques hédonistes

Au XIXᵉ siècle, le cannabis est largement adopté par la population générale en France, avec différentes formes d’utilisation. Les Français cultivent la plante chez eux pour la préparation de tisanes. Des cigarettes au cannabis sont également commercialisées, par exemple, pour traiter l’asthme, et des personnalités notables, telles que Proust, les consomment. De plus, des publicités de l’époque vantant le cannabis comme un moyen d’achat de vapeurs exquises, reflétaient un usage clairement axé sur le plaisir. Ces pratiques s’inscrivent dans la norme hédoniste et d’auto-médication de l’époque, reflétant des attitudes non condamnatoires envers l’usage récréatif du cannabis.

Médecins et diffusion de connaissances

Les médecins du XIXᵉ siècle jouent un rôle clé dans la diffusion de la connaissance sur le cannabis au sein de la population. Ils publient largement dans la presse populaire des recettes de médicaments à base de cannabis destinées à traiter une variété d’affections. Ces recettes sont conçues pour permettre aux individus de préparer leurs propres remèdes sans avoir à consulter un médecin ou un pharmacien, ce qui, à l’époque, est souvent perçu comme coûteux et réservé aux classes sociales plus aisées. Les médecins adoptent cette pratique de diffusion pour établir une relation de confiance avec la population et promouvoir la légitimité de leur profession.

Distance sociale avec les médecins

À cette époque, il existe une distance sociale entre les médecins et la population générale. Les gens ont davantage recours à des herboristes, des guérisseurs ou des membres de leur propre communauté pour des conseils médicaux. Les médecins, souvent associés à la classe bourgeoise, sont rarement consultés en premier recours en raison de leur coût élevé. La diffusion de recettes de médicaments à base de cannabis dans la presse populaire vise à rapprocher la médecine conventionnelle de la vie quotidienne des gens, renforçant ainsi la confiance envers les médecins et leur expertise.

Accessibilité du cannabis

Le cannabis, pendant cette période, peut être acheté chez l’épicier ou directement en pharmacie sans ordonnance. Cette accessibilité renforce son adoption au sein de la population, contribuant à l’acceptation sociale de son usage à la fois médical et récréatif.

Importation et production de cannabis en France

Importation orientale

Zoë souligne que le cannabis en France au XIXᵉ siècle n’est pas un produit autochtone, mais plutôt importé, notamment d’Orient. La variété riche en THC, le principe actif du cannabis, est spécifiquement importée, et cette tendance conduit même à des tentatives de production locale en Algérie, considérée alors comme une colonie française.

Colonie et production locale

L’importance du cannabis en France pousse à des initiatives visant à augmenter la production nationale. Zoë mentionne brièvement l’article qu’elle a récemment écrit, dévoilant les pratiques d’automédication au XIXᵉ siècle et la manière dont les médecins ont progressivement monopolisé ces connaissances sur les psychotropes. Dans ce contexte, le cannabis est l’une des substances concernées. chanvre

Connaissance populaire et rare usage médical

Zoë explique que, bien que le cannabis soit connu de la population du XIXᵉ siècle, son utilisation médicinale reste relativement rare. Elle conteste le mythe entourant la reine Victoria, souvent citée comme utilisatrice de cannabis pour soulager ses douleurs menstruelles. Zoë clarifie que cette information est basée sur des extrapolations journalistiques plutôt que sur des preuves historiques.

Mythe de la Reine Victoria

L’historienne Virginia Bridge démystifie le mythe de la reine Victoria, expliquant que les journalistes ont extrapolé à partir d’un article du médecin de la reine, le Dr Russel Reynolds. Son article de 1890 met en avant les bienfaits du cannabis, mais ne mentionne pas spécifiquement son utilisation pour les menstruations de la reine. Zoë souligne la difficulté pour les historiens d’établir des faits concrets dans de tels cas.

Place dans la société du XIXe siècle

Le cannabis, bien que connu de la population, n’est pas fréquemment employé en médecine au XIXᵉ siècle. Les diverses influences culturelles et médiatiques autour de son usage, notamment les mythes liés à des personnalités royales, mettent en lumière la complexité de comprendre rétrospectivement la place du cannabis dans la société du XIXᵉ siècle.

Usage médical du cannabis : Réalités et variabilités

Observations dans les registres de pharmacie

Zoë partage ses découvertes en explorant des registres de pharmacie en France, tant dans les grandes villes que dans des villages plus éloignés. Elle souligne l’intérêt de ces sources, qui permettent d’observer la prescription de cannabis dans des contextes variés. Cette démarche souligne la nécessité du travail des historiens et historiennes, qui peuvent remettre en question les discours médicaux en confrontant les déclarations théoriques à la réalité observée.

Disparités entre discours médicaux et pratiques

Bien que les traités médicaux de l’époque vantent fréquemment les vertus du cannabis, Zoë met en évidence un écart entre les discours théoriques et les pratiques réelles. La qualité variable du cannabis importé est soulignée, avec des médecins dénonçant la coupe des préparations médicales par des épiciers, des pharmaciens, voire même des intermédiaires dans les pays d’origine. Cette altération volontaire altère l’efficacité des médicaments à base de cannabis.

Problèmes de qualité et variabilité du produit

La variabilité de la qualité du cannabis devient un obstacle majeur. Les différentes provenances des plantes, la qualité variable des récoltes, et même la variabilité du taux de THC (bien que non connu à l’époque), génèrent des préparations médicales inconstantes. Les médecins de l’époque, bien qu’ignorants des composants spécifiques du cannabis, reconnaissent la fluctuation d’efficacité en fonction des lots. Ainsi, cette variabilité constitue un défi dans la quête de résultats thérapeutiques constants.

Conséquences de la variabilité

En résumé, l’usage médical du cannabis au XIXᵉ siècle se heurte à des disparités entre les discours médicaux idéalisés et la réalité des pratiques. Les problèmes de qualité et de variabilité du produit compromettent la fiabilité des résultats thérapeutiques. Cette observation nuancée souligne l’importance de considérer les sources historiques dans leur contexte réel pour une compréhension plus précise des usages médicaux du cannabis à cette époque.

Évolution des modes de consommation et incompréhension persistante

Changement de modes de consommation

À cette époque, une incompréhension naît chez certains médecins en réaction aux comptes rendus d’expériences des intellectuels et médecins des années 1840. À ce moment-là, le cannabis était souvent consommé sous forme alimentaire, produisant des effets psychédéliques puissants.  Toutefois, au fil des années, surtout après les années 1840, le mode de consommation prédominant devient la fumée. Les médecins et expérimentateurs ne retrouvent pas les mêmes effets que ceux décrits dans les expériences alimentaires des années 1840. Certains en concluent que ces comptes rendus étaient le fruit d’une exagération ou d’une sensibilité excessive, les considérant comme inventés.

Critique des effets par le docteur Richet

En 1875, le docteur Richet fume du cannabis avec des amis et confrères, mais il est déçu par les résultats. Il partage son expérience en déclarant : 

« Nous ne réussissons pas à provoquer des phénomènes psychiques bien caractéristiques. Il y a une sorte d’hébétude calme, béatitude paresseuse de l’esprit mêlé à un peu d’excitation. La fumée du haschisch procure une sorte de somnolence gaie qui disparaît très vite dès qu’on cesse de fumer ». 

Son article vise à réduire l’ampleur des récits fantastiques entourant le cannabis, soulignant la nécessité d’évaluer rigoureusement et scientifiquement ses effets.

Incompréhension persistante et opposition actuelle

Cette incompréhension quant aux différences d’effets entre la consommation alimentaire et la fumée du cannabis perdure aujourd’hui. Cependant, le contexte actuel s’inverse, avec des médecins opposés au cannabis utilisant les récits des années 1840 pour souligner sa prétendue dangerosité. Ils ne réalisent pas que les expériences de Baudelaire et autres du XIXᵉ siècle étaient basées sur des modes de consommation différents, et que la réalité contemporaine de la consommation de cannabis peut différer grandement de ces récits anciens. cannabis

Impact de la colonisation sur la perception du cannabis

Associations et jugements faciles

Avec la colonisation du Maghreb, certaines observations médicales établissent une corrélation entre l’état critique de certaines personnes arabes, affaiblies physiquement et psychiquement, et leur consommation de cannabis. Les médecins, toutefois, négligent les conditions de vie difficiles créées par la colonisation, mettant de côté les violences, massacres, expropriations, et épidémies qui affligent ces populations.  Pour les praticiens, il devient plus commode de blâmer le cannabis pour ces situations, plutôt que de reconnaître les ravages causés par la colonisation. Malheureusement, ces descriptions renforcent également des stéréotypes raciaux, considérant ces individus comme inférieurs et plus vulnérables aux effets néfastes de la substance.

Pic de consommation au XIXᵉ siècle en France

Le XIXᵉ siècle constitue l’apogée de l’utilisation du cannabis en France. De nombreux discours positifs émanent de la sphère médicale, vantant ses propriétés. Toutefois, vers la fin du siècle, l’usage médical diminue progressivement, principalement en raison de l’avènement de la médecine moderne symbolisée par l’injection. Les médicaments à base de plantes, dont le cannabis, perdent en popularité.  Bien que les cigarettes au cannabis contre l’asthme subsistent, la pratique générale de sa consommation décline. Les raisons de ce déclin ne sont pas encore bien étudiées, mais il s’inscrit dans un contexte où d’autres substances, notamment la cocaïne, prennent le relais comme produits festifs au début du XXᵉ siècle.

Déclin de l’usage médical du cannabis et interdiction au début du XXᵉ Siècle

Problèmes de qualité et évolution médicale

Le déclin de l’usage médical du cannabis à la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle s’explique en partie par la variabilité de sa qualité. Zoë souligne que cette constatation, liée au manque de stabilité de la substance, devient un problème majeur pour la médecine de l’époque. Les médecins préfèrent s’orienter vers d’autres substances antalgiques, administrables par injection, offrant des effets plus constants que le cannabis.

Interdiction en 1916 et contexte mondial

Zoë explique que malgré le déclin de son utilisation médicale, le cannabis est interdit en France en 1916. Ce choix s’inscrit dans un contexte international où les États-Unis mènent une croisade contre les psychotropes depuis la fin du XIXᵉ siècle. La première loi française interdisant une nouvelle classe de substances, appelée désormais « stupéfiants, » est adoptée en 1916. Cette décision ne résulte pas seulement de la pression américaine mais également de plusieurs facteurs. D’une part, la régulation de l’alcool, source majeure de problèmes de santé publique, paraît plus urgente et pertinente que l’interdiction totale. D’autre part, les profits considérables tirés de la vente de substances psychotropes dans les empires coloniaux influencent la décision. La taxation associée à la vente de cannabis au Maroc, par exemple, représente plus d’un tiers des profits de la colonie pour la France. Cette dimension économique pèse lourd dans la balance des intérêts nationaux.

Émergence du cannabis dans les débats sur les psychotropes

Contexte de la fin du XIXᵉ siècle

La présence du cannabis dans les débats sur les risques des psychotropes émerge tardivement en France, précisément en 1913. À cette époque, la population française vit une période de doute, qualifiée de « fin de siècle. » Les sentiments d’affaiblissement, accentués par la défaite de 1870 et la crainte d’une nouvelle guerre imminente, génèrent des peurs concernant la santé et la puissance de la population.  Dans ce climat d’appréhension, l’usage généralisé de psychotropes commence à être critiqué. La crainte grandissante est que leur consommation affaiblisse davantage la population, décourage le travail, encourage trop la fête, et limite la natalité, notamment chez les femmes. Ainsi, une morale bourgeoise axée sur la productivité, le travail, et le capitalisme, portée par les médecins issus de cette classe sociale, imprègne la société. La consommation de ces produits devient mal vue, et une représentation stigmatisante du « drogué » émerge, associée à la paresse et à l’inefficacité sociale.

Association du cannabis aux poisons de l’esprit

En 1913, le cannabis est ajouté à la liste des substances dangereuses, aux côtés de la morphine et de la cocaïne, regroupées sous le terme « poisons de l’esprit. » Cette association ne relève pas seulement d’une moralité, bien qu’une inquiétude réelle soit présente parmi certains membres du corps médical. Ces médecins considèrent que le cannabis a des effets néfastes tant sur la santé mentale que physique. Leurs convictions reposent en partie sur les descriptions des Orientaux, évoqués plus tôt, observés dans les asiles des pays colonisés. Toutefois, ils négligent systématiquement de prendre en compte les conditions de vie de ces individus, ce qui contribue à la construction d’une perception négative du cannabis. 5 - CBD Info CBD wiki | Tout ce que vous devez savoir sur le cannabidiol

Le contexte de la Première Guerre mondiale et l’interdiction du cannabis

Contexte de l’avant-guerre

Avant la Première Guerre mondiale, une inquiétude latente persiste quant à la possibilité que le cannabis puisse présenter des dangers réels. Ce contexte est marqué par des discours grandissants sur les psychotropes, les percevant comme des agents destructeurs des forces des combattants, notamment en France.

L’impact de la Première Guerre mondiale (1916)

L’année 1916, avec la France déjà engagée depuis deux ans dans la Première Guerre mondiale, apporte des défis supplémentaires. Les États-Unis, alliés de la France, n’apportent pas le soutien attendu. Parallèlement, les discours sur les psychotropes s’intensifient, et le gouvernement français considère que l’adoption de réglementations strictes sur ces substances pourrait être un message positif envers les États-Unis.

Contexte américain et influence sur la législation française

Aux États-Unis, le cannabis est déjà dans le collimateur du gouvernement, principalement en raison d’une montée de sa consommation chez les populations les plus pauvres et marginalisées, notamment les Noirs et les Hispaniques. Un discours raciste virulent se propage, associant le cannabis à la folie et à la violence, facilitant ainsi l’incarcération de ces communautés.  En France, bien que l’usage du cannabis soit presque inexistant à cette époque, il est ajouté à la liste des stupéfiants dans la législation de 1916. Cette décision reflète en partie une volonté de complaire aux États-Unis en montrant que la France prend des mesures contre un produit diabolisé, même s’il n’est guère utilisé sur son territoire. Cette stratégie réussit, car les États-Unis entrent effectivement en guerre peu après. À partir de 1916, il est interdit d’acheter, de vendre et de consommer du cannabis en public en France, sauf sur ordonnance médicale. L’interdiction générale de la consommation ne sera instaurée qu’en 1970.

Diabolisation du cannabis et déclin de la culture du chanvre

Diabolisation du cannabis

Suite à son classement dans la liste des stupéfiants en 1916, le cannabis est diabolisé, et cette stigmatisation s’étend également au chanvre. Pendant l’entre-deux-guerres, les pratiques évoluent rapidement. La marine à voile, principale utilisatrice du chanvre, est progressivement abandonnée avec l’avènement des bateaux à vapeur. Les lobbies du coton et du nylon exercent également des pressions pour taxer davantage le chanvre et favoriser leurs propres produits.

Déclin de la culture du chanvre

L’usage industriel du chanvre diminue, notamment en raison des changements technologiques et des pressions des lobbies concurrents. La culture du chanvre, déjà en déclin, devient moins rentable. Les techniques de récolte stagnent, et les cultivateurs, confrontés à des méthodes de récolte manuelles difficiles, se détournent de cette culture. La technique du rouissage, utilisée pour séparer la tige de l’écorce, génère des plaintes en raison de son odeur forte, contribuant au déclin de la culture.

Chute drastique de la culture du chanvre

La culture du chanvre en France frôle la disparition, passant de 200 000 hectares à moins de 600 dans les années 1960. Parallèlement, l’usage médical du cannabis diminue progressivement, au point qu’en 1953, il est officiellement retiré de la pharmacopée. Cette décision découle davantage d’une constatation médicale que d’une considération morale ou politique, reflétant l’absence d’utilisation effective du cannabis dans la pratique médicale depuis des années.

Émergence de l’usage commun du cannabis dans les années 60

Dans les années 60, l’usage du cannabis connaît une résurgence en France, devenant une habitude répandue, principalement fumée. Cette évolution suscite des inquiétudes croissantes au sein du corps médical et de la classe politique. Les préoccupations ne se limitent pas seulement aux risques pour la santé des usagers, mais également aux transformations sociales perçues comme une conséquence de ce qui est qualifié d’« invasion ». Ce terme est utilisé pour décrire à la fois l’arrivée du cannabis, apporté par les Maghrébins et les Américains, et une nouvelle manière de vivre qui défie le conservatisme de droite de certains observateurs. 4 - CBD Info CBD wiki | Tout ce que vous devez savoir sur le cannabidiol

Émergence de la consommation de cannabis en France : Nouvelles générations et contexte social

Transformation de la consommation

L’évolution de la consommation de cannabis en France résulte d’une série de changements sociaux. Initialement considéré comme un médicament et cultivé de manière marginale, le cannabis n’était pas intégré à la culture de manière significative. Cependant, au fil du temps, son statut a évolué, et aujourd’hui, il figure parmi les produits les plus utilisés en France.

Nouvelles générations et contexte économique

La montée en popularité du cannabis dans les années 1970 s’explique en partie par l’émergence d’une nouvelle génération, issue du baby-boom. Ces jeunes, pour la première fois dans une période de relative paix et de prospérité économique, disposaient de temps et d’argent. Ils étaient les premiers à vivre une adolescence et un passage à l’âge adulte avec des ressources financières considérables.

Changement dans les désirs et comportements

Cette nouvelle classe d’âge, soutenue par leurs parents, a pu expérimenter de nouveaux modes de vie, différents de ceux de leurs générations précédentes, davantage orientées vers une dynamique capitaliste. La fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte ont donné naissance à des envies et des désirs différents. La disponibilité de l’argent et le temps libre ont favorisé l’expérimentation de nouvelles expériences, dont la consommation de cannabis.

Apport du Maghreb et influence américaine

Le cannabis, provenant du Maghreb avec les travailleurs immigrés, a été introduit en France, contribuant à son adoption par les nouvelles générations. De plus, l’influence culturelle américaine, avec l’émergence de la contre-culture des années 1960 et l’intérêt pour les psychédéliques, a également joué un rôle dans la popularité croissante du cannabis.

Redécouverte par les nouvelles générations

Ainsi, la consommation de cannabis en France a été redécouverte par ces nouvelles générations, explorant de nouvelles perspectives de vie et cherchant des moyens de modifier leur état de conscience. Cette tendance a contribué à établir le cannabis comme l’un des produits les plus utilisés dans la société française contemporaine.

Émergence du cannabis et le mouvement hippie

Contexte historique

La montée de la consommation de cannabis en France à la fin des années 1960 s’inscrit dans un contexte particulier, où le pays est en train de se remettre de l’effervescence de Mai 68. À cette époque, le cannabis provenant du Maghreb, introduit par les travailleurs immigrés, et l’influence du mouvement hippie américain convergent pour façonner une nouvelle dynamique culturelle. hippie cannabis

Peur face au mouvement hippie

Zoë souligne l’aspect effrayant pour la société de l’émergence du mouvement hippie en France, avec son idéologie novatrice. Ce mouvement, avec son appel à une autre société, suscite des craintes parmi les conservateurs. Selon elle, le pouvoir en place, réagissant à la rébellion de la jeunesse, attribue cette contestation à la consommation de substances psychédéliques, dont le cannabis. Ainsi, le discours dominant est que ces jeunes ne se rebellent pas pour des raisons valables, mais plutôt sous l’influence de substances qui les rendent fous.

Débats et propositions de loi

En 1969, les débats se multiplient au sein des cercles médiatiques, médicaux et politiques en France, menant à la proposition d’une nouvelle loi plus stricte contre les stupéfiants. Les conservateurs voient dans cette législation une réponse nécessaire pour contrôler la jeunesse rebelle.

Discours de l’Académie de Médecine

Dans ce climat, l’Académie de médecine émet des opinions alarmistes. Un médecin de l’académie attribue l’intoxication au haschisch à l’influence des jeunes américains et anglais, décrivant les réunions des hippies comme des festivals bruyants, encombrants et sordides. Un autre médecin, en s’appuyant sur des récits classiques de Baudelaire et Moreau de Tours, associe le cannabis à des impulsions meurtrières et à des états de psychose.

Craintes et diabolisation

Ainsi, le discours médical et politique contribue à diaboliser le cannabis, liant son usage aux mouvements de contestation, à la frénésie, et même à des comportements violents. Ces représentations alarmistes alimentent la volonté d’une réglementation plus stricte, marquant une étape clé dans la transformation de la perception sociale du cannabis en France.

Discours politique et contradictions

Le discours politique sur le cannabis en France, à la fin des années 1960, est marqué par des contradictions évidentes. Un exemple frappant de cette dualité se trouve chez le député de droite Pierre Mazeaud. Bien qu’il consomme régulièrement des amphétamines pour ses excursions d’alpinisme, il adopte une position virulente contre le cannabis.

Mazeaud et sa position anti-cannabis

Mazeaud n’hésite pas à exprimer son point de vue sur le cannabis, qualifiant la substance de « poison » aux effets délirants et hallucinogènes. Il souligne la facilité d’accès au cannabis et l’associe à des phénomènes délirants d’une violence extraordinaire, conduisant souvent à l’internement psychiatrique. Sa critique ne se limite pas à la dimension médicale, mais s’étend aux comportements sociaux des « hippies » qu’il accuse de s’adonner dangereusement à la drogue et à l’anarchie sexuelle.

Inquiétudes sociales et rébellion

L’inquiétude de Mazeaud et d’autres politiciens semble également être alimentée par des préoccupations plus larges liées aux changements sociaux. Les comportements nouveaux, les refus de conformité à la société patriarcale, raciste et capitaliste, sont perçus comme des menaces. La critique s’étend à la philosophie des « hippies » qui rejettent les exigences de la société de consommation. Mazeaud conclut son discours en appelant à la protection de la jeunesse « saine » contre ce qu’il considère comme un fléau.

Paradoxes et législation de 1970

Le paradoxe évident réside dans la consommation d’amphétamines par Mazeaud, qui, malgré son usage personnel, adopte une posture strictement opposée pour le cannabis. Ce type de discours se généralise et influe sur l’adoption de la loi de 1970, l’une des plus strictes en Europe en matière de psychotropes. Cette législation condamne désormais toute utilisation de cannabis, à la fois en société et en privé, marquant ainsi un tournant sévère dans la réglementation de la drogue en France.

Dualité entre symbolisme et réalité médicale

La stigmatisation du cannabis dans les années 1960 en France résulte d’une dualité complexe entre le symbolisme de la jeunesse hippie et les inquiétudes médicales légitimes. Zoë souligne que, d’une part, les médecins de l’époque redoutent réellement les effets nocifs du cannabis, dénués de données scientifiques objectives à l’appui. Les reportages choquants sur les hippies, passant leurs week-ends en festivals, contribuent à cette perception négative.

Incertitudes médicales et morale sociale

Dans un contexte dépourvu d’études médicales approfondies sur les effets spécifiques du cannabis, les médecins se trouvent dans une position difficile. L’absence de données scientifiques tangibles conduit à une inquiétude médicale sincère. Cependant, cette incertitude est renforcée par une dimension morale, reflétant les normes conservatrices de l’époque.

Absence d’experts et construction de mythes

Un élément clé de cette époque est l’absence d’experts du cannabis. Cette lacune conduit à la création de mythes et d’idées préconçues sur le cannabis, dont certaines perdureront longtemps. Le cannabis est étiqueté comme addictif, et de nombreuses idées fausses sont inventées sans base scientifique solide. Ce processus de construction de mythes prend racine dans la méfiance envers cette substance nouvellement mise en lumière. cannabis

Déconstruction lente des préjugés

Il faudra du temps pour que la véritable déconstruction de ces préjugés commence. Les premières études médicales objectives sur le cannabis émergent progressivement, tentant de démystifier les notions préexistantes. La complexité de la situation réside dans la coexistence de préoccupations médicales légitimes et d’une stigmatisation basée sur des perceptions sociales, soulignant l’importance de la recherche scientifique dans la compréhension précise des effets du cannabis.

Émergence du cannabis thérapeutique

Dans le contexte de l’épidémie de sida des années 80 et du début des années 90, les malades eux-mêmes, à travers l’activisme thérapeutique, revendiquent l’utilisation du cannabis pour soulager les symptômes insupportables de la maladie. Face à l’absence de traitements disponibles et à l’indifférence du corps médical, ces actions marquantes, parfois violentes, mettent en lumière le besoin urgent de solutions médicales.

Activisme thérapeutique et avancées scientifiques

L’activisme thérapeutique déclenche une série d’études scientifiques financées en Israël et aux États-Unis pour évaluer le potentiel thérapeutique du cannabis. Les patients atteints du sida, consommant du cannabis non pas à des fins médicales initiales mais pour atténuer les symptômes, alertent la communauté scientifique. Ces nouvelles études visent à explorer les propriétés antiémétiques, antalgiques et stimulantes de l’appétit du cannabis, marquant un tournant dans la compréhension médicale de la plante.

Conservatisme et réticence en France

La France, réputée pour sa conservativité, est en retard dans la reconnaissance du cannabis thérapeutique. Cette réticence, en partie motivée par la difficulté à admettre les erreurs passées, soulève des questions éthiques et morales. Accepter que le cannabis puisse redevenir un médicament implique de reconnaître les générations de patients privées de traitements efficaces, ainsi que les conséquences néfastes de l’emprisonnement de ceux cherchant simplement à soulager leurs symptômes.

Peur de l’usage non-thérapeutique

Une autre barrière en France réside dans la crainte que le cannabis puisse être utilisé à des fins non thérapeutiques. Cette préoccupation, enracinée dans l’histoire particulière de la France avec la morphine, conduit à un rejet rapide de tout médicament dès qu’il est utilisé en dehors du cadre médical prévu.

Enjeux économiques et recherche médicale

Des enjeux économiques entourent également la recherche médicale sur le cannabis. Les substances comme le THC et le CBD, non brevetables en raison de leur découverte ancienne, rendent difficile la rentabilisation des investissements nécessaires pour créer des médicaments à base de cannabis. Ces considérations économiques influent sur la direction de la recherche médicale.

Innovation dans l’administration des médicaments 

La recherche constante de nouvelles voies d’administration ou de formulations innovantes permet aux industries pharmaceutiques de contourner les défis liés à la non-brevetabilité des substances comme le cannabis. Un exemple concret de cette stratégie est observé avec la kétamine, découverte dans les années 70.  Actuellement peu coûteuse lorsqu’administrée en milieu hospitalier, certaines entreprises pharmaceutiques capitalisent sur l’essor de la kétamine dans le domaine de la psychothérapie. Elles brevètent de nouvelles méthodes d’administration, telles que des sprays nasaux, rendant le produit beaucoup plus onéreux, atteignant des milliers de dollars par dose.

Contourner la non-brevetabilité de la substance 

L’astuce réside ici dans la non-brevetabilité de la substance elle-même, mais les industries cherchent à maximiser leurs profits en brevetant des aspects spécifiques liés à l’administration ou à la formulation du médicament. Cette pratique, bien que réfléchie pour ses implications économiques et éthiques, offre un moyen aux entreprises de tirer des bénéfices substantiels tout en répondant à la demande croissante pour certaines substances thérapeutiques.

Impact sur l’accessibilité aux traitements 

Cependant, cette stratégie peut avoir des implications sur l’accessibilité aux traitements, en faisant grimper les coûts et en créant des barrières financières pour les patients. L’équilibre entre l’innovation pharmaceutique et la disponibilité abordable des médicaments soulève des questions éthiques cruciales, mettant en évidence les enjeux économiques et éthiques liés à la recherche et au développement dans le domaine médical.

Évolution du regard sur les psychotropes 

Selon Zoë, il est fascinant de constater comment l’appréciation des psychotropes a évolué au fil du temps. Elle cite : 

« Actuellement, nous vivons une époque où ces substances, longtemps diabolisées, font l’objet d’une déconstruction progressive de nos préjugés. En sciences humaines et sociales, mon domaine d’étude, je me sens privilégiée d’arriver à un moment où ces recherches sont non seulement bien accueillies mais également considérées comme légitimes ».

Craintes historiques et évolutions actuelles 

L’histoire des psychotropes a été marquée par des peurs, des mythes, et des interprétations souvent biaisées. Aujourd’hui, les recherches sur ces sujets intéressent non seulement le monde académique mais aussi le corps médical. Certains médecins estiment les lacunes de leur formation initiale et cherchent à comprendre comment des substances comme le cannabis ou le LSD ont été marginalisées dans le contexte moral, médiatique, politique et économique.

Défi de la légitimité 

Cependant, malgré les avancées, il subsiste des défis à surmonter, notamment en termes de perception. En sciences humaines et sociales, la légitimité de Zoë est bien établie, mais il lui arrive de ressentir une certaine réticence du côté médical. Il est parfois nécessaire d’adopter une apparence plus conventionnelle pour être pris au sérieux dans les congrès médicaux. Certains médecins peuvent encore accepter ce type de recherches avec des sourires amusés ou une incompréhension, mais la rigueur scientifique et la présentation de données fiables contribuent à changer ces perceptions.

Optimisme pour l’avenir 

Malgré ce décalage persistant en France, elle reste optimiste quant à l’avenir. Le travail rigoureux et les données solides peuvent contribuer à déconstruire les préjugés existants. Selon elle, nous sommes peut-être en route vers une période de réflexion nouvelle sur ces substances, même si une réhabilitation totale peut être complexe à atteindre actuellement. En somme, une évolution positive s’annonce, où la compréhension des psychotropes sera guidée par la science et la remise en question des idées préconçues.

Vers une approche progressiste : Légalisation et nationalisation 

Au Canada, une avancée plus significative a été faite sur ces questions. Cependant, Zoë tient à exprimer son soutien en faveur de la légalisation de tous les psychotropes, plaidant même pour leur nationalisation. Une gestion par l’État permet d’assurer la production de substances pures et stables, tout en fournissant des informations claires sur leur utilisation. L’idée est de promouvoir une relation saine avec ces substances inévitablement présentes, en mettant l’accent sur la réduction des risques.

Prôner la réduction des risques 

La vision de Zoë s’inscrit résolument dans le mouvement de la réduction des risques. L’urgence réside du côté des patients, entravés dans l’accès à des traitements bénéfiques par des représentations dépassées du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Il est impératif de ne plus restreindre l’accès aux traitements médicaux en raison de dilemmes moraux qui ne retirent plus les valeurs actuelles.

Appel à la mobilisation des patients 

Zoë saisit cette opportunité pour encourager les patients à ne pas relâcher leurs efforts, à s’engager activement dans la lutte. À l’image des malades du sida dans les années 80-90 ou des mamans en Angleterre actuellement, qui témoignent dans les médias de l’efficacité du cannabis pour traiter l’épilepsie de leurs enfants. Ces actions font émerger une prise de conscience publique, soulignant ainsi le pouvoir que détient la population ordinaire pour influencer le changement. Selon elle, il est essentiel de se rappeler que nous avons un pouvoir politique, et que nous ne devons pas simplement attendre que les politiciens ou les médecins fassent leur travail. cannabis et sida

 Analyse de la situation actuelle : Une perspective historique 

En évaluant la situation actuelle à la lumière de son expertise en histoire de la médecine, Zoë constate que la complexité de la question ne peut être appréhendée par une explication unique. Son champ d’expertise, semblable à celui de Moreau de Tours, offre une vision limitée, adaptée au contexte médical.

Influence de la morale et des normes sociales 

Le contexte moral, bien que moins étudié de son côté, a également son poids. Selon Zoë , on observe aujourd’hui des interdictions sélectives de substances, certaines restant légales malgré leur impact potentiel sur la santé. L’alcool, le tabac, les anxiolytiques, les antidépresseurs et même des amphétamines comme la Ritaline sont tolérés. Ces substances ne remettent pas en question les normes établies, mais elles contribuent à les maintenir. Par exemple, l’alcool peut renforcer les normes masculines, tandis que les femmes ont davantage recours aux médicaments psychotropes pour s’adapter aux attentes sociales.

Perception des substances et normes établies 

L’Adderall ou la Ritaline sont administrées aux jeunes pour les aider à exceller dans une société capitaliste. Là où les substances contribuent à maintenir les normes sociétales, elles restent légales. En revanche, celles perçues comme entraînant une divergence du comportement pourraient poser problème. Le cannabis, souvent consommé pour soulager la douleur, reste concentré au travail, ou supporter des tâches physiquement exigeantes, est sujet à des représentations erronées. Ces stéréotypes influencent la perception des substances à interdire.

Défis actuels et enracinement des représentations 

La situation actuelle découle de divers facteurs, dont la diffusion généralisée de représentations à travers les médias et les films. Les stéréotypes compliquent encore le réexamen de ces représentations, malgré des avancées dans la recherche médicale. Revenir sur ces stéréotypes nécessitera une remise en question profonde des normes sociales et une volonté de changer les perceptions actuelles. La complexité de la situation nécessite une approche multidimensionnelle et un dialogue ouvert sur les enjeux entourant l’usage des substances psychoactives.

Perspective sur la place du cannabis dans la société

Nous concluons cette exploration fascinante de l’histoire du cannabis en soulignant une réflexion intrigante sur la place que cette substance peut occuper dans notre société. Si les années 60 et 70 ont témoigné d’une tentative de transformation sociale, y compris à travers le cannabis, peut-être réalisons-nous aujourd’hui que le changement social ne se produit pas sur simple décision. Peut-être que l’adaptation de la consommation à la société, plutôt que l’inverse, est la voie à suivre. C’était une véritable masterclass pour explorer les méandres de l’histoire du cannabis. Nous remercions Zoë d’avoir été avec nous sur Parlons Canna. Nous vous invitons à rester à l’écoute pour notre prochain épisode, où nous plongerons dans d’autres aspects intrigants de ce sujet complexe. À la semaine prochaine !  

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